La forêt des Andaines
& le souffle des légendes
Si « Paris, Rouen et Le Havre sont une même ville dont la Seine est la rue », comme l’affirmait Napoléon Bonaparte, Domfront, La Ferté-Macé et Bagnoles-de-l’Orne sont reliées par une véritable coulée verte : la forêt des Andaines. Au-delà de sa haute valeur écologique, à la lisière nord du parc naturel régional Normandie-Maine, cette sylve multiséculaire recèle bien des curiosités et bruisse tout entière d’Histoire, d’histoires et de légendes.
En lisière de la forêt des Andaines, par un après-midi d’automne. (© Stéphane William Gondoin)
Entre 1015 et 1025, Guillaume de Bellême, « seigneur de la province », fonde dans ses états un monastère bénédictin in loco qui dicitur Longiledum, « au lieu que l’on appelle Lonlay » (aujourd’hui Lonlay-l’Abbaye, dans l’Orne). Comme souvent les grands personnages de ce temps, il avoue se sentir « accablé sous le pesant fardeau de mes vices, gémissant d’autant plus douloureusement sous le poids de mes fautes que mes richesses temporelles sont grandes ». En d’autres termes, tiraillé entre ses instincts féodaux et la peur du châtiment éternel, il entend consacrer une part de ses immenses possessions à entretenir « un abbé, avec des moines sous son autorité qui, s’occupant nuit et jour de la prière, intéresseront la miséricorde divine en notre faveur et en celle de nos ancêtres ».
Des multiples usages d’une forêt médiévale
Pour que cette pieuse communauté se consacre pleinement à sa lourde mission – sauver l’âme d’un membre de la famille de Bellême, tous plus ou moins seigneurs brigands par excellence, est un labeur de titan –, elle doit disposer de ressources financières conséquentes lui permettant d’assurer son quotidien. Guillaume assortit donc la naissance de l’établissement de dons substantiels : dîmes et autres revenus de la baillie du château de Domfront, moulins à Condé-sur-Noireau, paroisses de Saint-Pierre-du-Regard ou de La Haute-Chapelle, droits de pêche à l’Assomption, la Nativité et la Pentecôte dans la Varenne et l’Égrenne… Dans cette liste figurent également « la dîme de nos deux forêts d’Andaines [nda : Andenae] et de Silvædine [sans doute une autre partie de la même forêt, plus vaste à l’époque que de nos jours], avec les droits d’herbage et de panage, de vente des bois morts ou vifs, et de tous les droits de passage des forêts précitées ». Grand veneur devant l’Éternel, comme tous ses contemporains du même rang, il se réserve toutefois « le droit de chasser notre gibier et nos oiseaux ». Andaines est donc un espace de divertissement pour lui et ses proches, où ils chassent à courre ou au vol.
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