Au chevet des abbayes normandes
De la destruction à la préservation
Dans le sillage de la Révolution, le patrimoine ancien connaît maintes attaques et dégradations, quand la Convention elle-même appelle à « la destruction des monuments propres à rappeler les souvenirs du despotisme. » La porte ouverte à tous les abus… Il faudra un demi-siècle avant qu’une prise de conscience collective stoppe la spirale destructrice et que de bonnes âmes se penchent sur le sort de nos vieilles abbayes.
L’abbatiale Notre-Dame de Jumièges après le passage des dépeceurs. Ses tours conservaient encore leur toiture. Plus pour longtemps… (© Stéphane William Gondoin)
Dans les cahiers de doléances, remplis durant l’hiver 1789 en prévision des États généraux du printemps suivant, nombreux sont les griefs énumérés contre les membres du clergé. On y dénonce notamment la rapacité des abbés commendataires, et l’on émet le souhait de les voir résider sur place en réclamant la fin du cumul des bénéfices. Dans le cahier de la paroisse ornaise de Louvagny par exemple, on va même jusqu’à suggérer la destruction « de toutes les communautés inutiles », ainsi que l’attribution de leurs biens « à des œuvres pies ou religieuses. » Dans la ligne de mire, les ordres contemplatifs comme les bénédictins ou les cisterciens, dont on aimerait que le patrimoine fût redistribué pour de plus justes causes. Ce vœu pieux – si l’on peut dire… – se trouve partiellement réalisé par le décret de l’Assemblée constituante du 2 novembre 1789, voté à l’initiative de Talleyrand, statuant que « tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation. »
La grande braderie des biens nationaux
Partiellement réalisé seulement… Loin de servir au financement d’une quelconque noble cause commune, la vente de ces biens nationaux de première origine, autorisée par les décrets des 13 mai et 16 juillet 1790, débouche sur une gabegie à grande échelle. Des opportunistes fortunés achètent des domaines bradés en les payant avec des assignats, dont la valeur ne cesse de baisser.
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