Les planches normandes de l’armorial européen de la Toison d’or
Le manuscrit 4790 de la bibliothèque de l’Arsenal, ou Grand armorial équestre de la Toison d’or, réalisé au milieu du XVe siècle, est surtout connu pour ses magnifiques figures équestres représentant des chevaliers de la Toison d’or, maintes fois reproduites. La seconde partie de ce manuscrit, moins connue, est un armorial européen contenant quarante-cinq figures équestres de souverains et de princes ainsi qu’une série de planches regroupant 942 écus des grandes familles européennes, regroupées par marches d’arme1. Nous présenterons dans cet article et dans ceux qui suivront les quatre planches consacrées à la marche de Normandie, dans lesquelles apparaissent quelques-unes des grandes familles féodales de notre région.
Le duc de Normandie (« de gueules à deux léopards d’or »), cavalier tourné à gauche, tenant une bannière aux armes). À l’époque de la compilation de l’armorial européen de la Toison d’or, le titre de duc de Normandie est porté par les rois de France Jean Le Bon et Charles V avant leur avènement (1332 et 1355). (© Bibl. de l’Arsenal, Ms 4790, f° 52)
Les planches de la marche de Normandie s’étendent sur les folios 64 verso, 65, 65 verso et 66 du manuscrit. Chacune de ces planches comprend vingt-cinq écus peints et légendés. Elles donnent un état des grandes familles normandes à la fin du XIIIe siècle, le héraut d’arme ayant composé l’armorial au XVe siècle s’étant en grande partie inspiré de documents beaucoup plus anciens. Le folio 64 verso, par lequel nous commencerons, concerne dix lignages dont cinq retiendront plus particulièrement notre attention.
Les d’Harcourt
Selon le Père Anselme, auteur de la célèbre et très érudite Histoire des grands officiers de la couronne, parue en 1726-1733, cette puissante famille féodale remonterait sa filiation à un certain Turchetil, Seigneur de Turqueville et de Turqueraye, mentionné vers l’an 1001 dans différentes chartes concernant les abbayes de Fécamp et de Bernay. Les lettres d’érection du duché d’Harcourt en 1700 ainsi que l’ouvrage de Gilles-André de La Roque, sur la maison d’Harcourt, imprimé en 1662, précisent que ce Turchetil était le second fils de Torf, Seigneur de Torville et le petit-fils de Bernard, surnommé le Danois, compagnon de Rollon. Cette assertion, vraisemblable, n’est cependant pas prouvée.
Armoiries normandes. (© Bibl. de l’Arsenal, Ms 4790, f° 64)
Dès le XIe siècle, la famille d’Harcourt occupe un rang très important en Normandie. La fille de Turchetil, Lezieline de Turqueville épouse Guillaume d’Eu, fils illégitime de Richard Ier, duc de Normandie. Son frère, Anchetil, sire de Harcourt, chevalier, est présent en 1024 avec son père à la confirmation des fondations de l’abbaye de Bernay par Judith de Bretagne, duchesse de Normandie.
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Notes
- La marche d’arme est une sorte de circonscription « féodo-géographique », héritée des tournois du XIIIe siècle. À la tête de chaque marche, se trouvait un roi d’arme ayant pour mission d’enregistrer et de surveiller tout ce qui touchait aux armoiries, à la noblesse et aux structures généalogiques et féodales.
