Patrimoine Normand

Les maisons en terre de la Manche

Un patrimoine en péril

Autrefois, le voyageur qui sillonnait la Manche et plus particulièrement le Cotentin, était frappé par le nombre, inhabituel de par son importance, de maisons en terre que l’on pouvait y rencontrer. Cette architecture particulière et remarquable, faisait d’ailleurs écrire à Arthur Young, dans ses Voyages en France de 1792, qu’« en ce pays, on construit les meilleures maisons et granges en terre (…) excellentes habitations même lorsqu’elles ont trois étages, et toute en terre avec d’importantes granges et autres dépendances…». Ce patrimoine est malheureusement, aujourd’hui en péril.

Photo d'une maison en terre de la manche.

Fig. 1 : Ensemble agricole typique non dénaturé, associant habitat et annexe agricole. (© Jean-Xavier de Saint-Jores)

Mis à jour le 29 avril 2026 à 20:10 Par
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Quelques repères

L’utilisation de la terre, afin d’élever des murailles est un artisanat ancestral, souvent mis en évidence au cours de fouilles archéologiques, tant sur des sites préhistoriques qu’historiques. Les vestiges se résument souvent alors à des soubassements de pierres qui supportaient une élévation de terre aujourd’hui disparue. Ces techniques de construction sont répandues encore de nos jours sur l’en­semble de la planète et permettent d’assurer l’abri d’une grande partie de la population mondiale. (fig. 2)

S’agissant du secteur géographique et de la période qui nous intéressent, soit la Manche aux XIXe et XXe siècles, l’utilisation de ce matériau relève essentiellement d’un savoir-faire empirique et non codifié, surtout transmis par la tradition orale, ce qui en fait un artisanat inchangé au fil des siècles. Son expansion est principalement réservée au monde rural, auquel cette technique est particulièrement adaptée puisque l’ensemble des matériaux nécessaires se trouvent immanquablement à proximité immédiate des lieux choisis pour l’édification des mai­sons d’habitation et autres bâtiments à usage agricole. Seule la désertion progressive des terroirs marquera donc le déclin de l’usage de ce matériau qui disparaîtra totalement de nos campagnes entre les deux guerres, et entraînera l’abandon de bon nombre de ces bâtisses alors vouées à la ruine. (fig. 3)

Photo d'un corps de ferme entièrement en « masse ».

Fig. 2 : Harmonie classique d’un corps de ferme entièrement en « masse ». (© Jean-Xavier de Saint-Jores)

Les techniques

Avant de découvrir les formes d’utilisation de ce matériau localement, il convient de préciser la nature des quatre types des préparations à base de terre utilisés extra-régionalement qui sont le torchis, le pisé, l’adobe et la bauge.

Photo d'une habitation caractéristique du monde rural actuel.

Fig. 3 : Une habitation caractéristique du monde rural actuel. (© Jean-Xavier de Saint-Jores)

On rencontre le torchis principalement en Pays d’Auge et en Seine-Maritime. Ce mélange est constitué de terre argileuse et meuble auquel est ajouté un liant végétal qui limite l’effet de retrait au séchage et assure la cohésion de l’ensemble. Le torchis est destiné au remplissage de l’ossature en bois de tous types de bâtiments.

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