Patrimoine Normand

Château de Beaumesnil :

le faste baroque

Dans le parc immense aux arbres vénérables du château de Beaumesnil, non loin de Conches dans le département de l’Eure, en plein cœur du pays d’Ouche, et dans la forêt qui l’enserre tel un bijou précieux, on croit entendre parfois, résonnant à tous les échos, comme des appels de trompes. Dans l’air vibrant qui vous prend, ces sonneries graves et mélancoliques ont de quoi vous faire frissonner. Dieu ! Que le son du cor est triste et beau, le soir au fond des bois ! « Soit qu’il chante les pleurs d’une biche aux abois, ou l’adieu du chasseur que l’écho faible accueille, et que le vent du Nord porte de feuille en feuille… »

Photo du château de Beaumesnil. Le relief de la pierre, façade est.

Château de Beaumesnil. Le relief de la pierre, façade est. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand)

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La forêt est magique. Dans une ambiance mordorée, des rayons d’or la transpercent par endroits tandis que le soleil d’automne caresse le feuillage de ses arbres somnolents. Au milieu de ces fastes de lumière, le château de Beaumesnil, d’une majesté princière, déploie son étonnante architecture que l’on dirait issue d’une époque lointaine ou proche, on ne sait plus, tant il y a d’originalité dans son style. En tous les cas, c’est « le Mesnil Royal » comme le qualifiait Jean de La Varende en s’extasiant devant. Il est assurément un des rares spécimen français de l’art baroque, style Louis XIII, avec ses façades très ornées mariant habilement la pierre et la brique, avec ses lucarnes ouvragées qui se détachent sur une toiture aiguë surmontée de hautes cheminées. Beaumesnil est une perle rare, unique en son genre dans toute la Normandie, et même en France.

Quelques grands personnages

Du temps des ducs de Normandie existait à ce même emplacement un important château fort appartenant au seigneur de Beaumesnil, lequel participa à la première croisade. Ce premier et important château, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’une grande motte de buis taillés, juste à côté, appartenait à la famille Harcourt-Beaumesnil qui s’y maintient jusqu’à la guerre de Cent Ans. Les ducs de Lorraine l’occupèrent ensuite jusqu’au tout début du XVIIe siècle où le domaine de Beaumesnil fut cédé au marquis de Nonant, un puissant seigneur jouissant de la faveur du roi Henri IV.

Photo des sonneurs de trompes devant le château de Beaumesnil.

Les sonneurs de trompes devant le château de Beaumesnil. Fête de la vénerie en juillet 1992. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand)

C’est son fils Jacques Lecomte, marquis de Nonant, qui fit construire en 1633 l’édifice actuel, objet de notre admiration, après avoir épousé Marie Dauvet-Desmarais, fille d’ambassadeur, dont le grand-père Brulart de Sillery, ambassadeur personnel de Henri IV à Rome avait négocié le mariage du roi avec Marie de Médicis. Après les Nonant passèrent de grandes familles : les ducs de Béthune-Charost et Laval-Montmorency entre autres, puis les comtes de Maistre, le grand duc Dimitri de Russie, et finalement avant la guerre, les présents fondateurs : M. et Mme Jean Furstenberg. Depuis 1964, ce palais de Beaumesnil est la propriété de la fondation Furstenberg-Beaumesnil, reconnue d’utilité publique en 1966, ayant pour but l’entretien, l’embellissement du château et de son domaine, ainsi que la création d’un Musée de la Reliure dont la renommée fait la gloire de notre patrimoine normand.

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