Du Nautilus au Vendémiaire
La conquête des fonds marins et la Normandie
Entre les années 1890 et la Première Guerre mondiale, la France se lance dans un vaste programme de construction de « bateaux sous-marins » et de « torpilleurs autonomes submersibles ». Au milieu des conflits d’intérêts, des querelles d’experts ou de personnes, des revirements politiques, la Normandie, particulièrement Cherbourg et son arsenal, joue un rôle crucial. Retour sur la naissance d’une spécialisation à la renommée planétaire.
Mise à l’eau d’un sous-marin de type Goubet. (carte postale ancienne – coll. particulière. DR)
Voilà un siècle que la Marine Nationale s’intéresse de près aux perspectives qu’offre la navigation sous-marine. Dès 1800, l’ingénieur américain Robert Fulton (1765-1815) conçoit pour le compte du gouvernement français un « bateau poisson » qu’il baptise du nom de Nautilus. Cet engin rudimentaire, long de 6,50 m, effectue des essais dans la Seine à Paris, près de Rouen ensuite, en bassin et en mer au Havre enfin. Un contemporain assistant à des tests réalisés à la pointe de Caux, décrit un « bateau fermé, construit en cuivre et en bois, qui nageait pendant quelques temps entre deux eaux, après avoir plongé, et qui remontait sur l’eau à une grande distance du point d’immersion. » Sa mission consiste à venir furtivement déposer une mine sur la coque d’un navire ennemi pour le couler. Il est mû en surface grâce à une voile rétractable, et en immersion au moyen d’une hélice actionnée par la force humaine. À son bord, Fulton tente depuis Grandcamp (Calvados) quelques périlleuses opérations en pleine mer contre la marine anglaise, qui croise alors au large des côtes normandes. Échec total… Le premier consul Napoléon Bonaparte ne croit guère en l’efficacité de ce « bateau poisson » et finit par couper les vivres au projet.
Au mois de juin 1902, Jean-Marie de Lanessan est remplacé par Camille Pelletan au ministère de la Marine. Antimilitariste convaincu, Pelletan a une conception surannée de la guerre sous-marine et il entend revenir sur certaines des options choisies par son prédécesseur. Dès 1901 et un éditorial publié dans Le Matin, il avait annoncé la couleur et sa vision des choses : « J’ai fait en mer une excursion de quatre heures avec le Goubet qui a été le premier de tous les sous-marins, et qui en est probablement resté le meilleur. C’est pour cela que la marine cherche à s’en débarrasser. » En d’autres termes, le nouveau ministre porte aux nues un projet dont on sait qu’il ne mène à rien depuis… dix ans ! C’est dire sa clairvoyance et les années difficiles qui s’annoncent pour la navigation sous-marine en France.
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