Le secret de l’Homme vert
Une énigme architecturale anglo-normande
De tous les motifs sculptés qui caractérisent l’architecture du Moyen Âge, il en est un qui ne cesse de susciter l’étonnement et l’interrogation, un personnage si étrange et aux interprétations si multiples que sa présence demeure encore aujourd’hui un grand mystère.
Le mystérieux Homme vert (type « tête feuillue ») du tympan gauche de la façade de la cathédrale de Rouen. (© Serge Van Den Broucke)
Observez attentivement le massif de façade de la cathédrale de Rouen : surmontant le portail latéral gauche qui donne accès au collatéral nord, du côté de la tour Saint-Romain, un magnifique tympan représente la vie des deux saints Jean, l’Évangéliste dans la partie supérieure avec sa mise au tombeau, et le Baptiste au dessous, dans la scène terrible de la décollation. Tandis que les voussures et les piédroits du portail datent du XIIe siècle, ce tympan, lui, a été réalisé au XIIIe siècle. En 2010, l’achèvement d’une importante campagne de nettoyage à l’aide de techniques complexes (photo-ablation par rayon laser, micro-gommage avec poudres de silice ultrafines) pilotée par le regretté Pierre-André Lablaude, architecte en chef des Monuments historiques, a permis de redécouvrir, après plus de 150 ans d’encrassement, toute la beauté de ce relief exceptionnel.
Voici le festin d’Hérode, et la danse acrobatique de Salomé qui se tient à l’envers, sur les mains, comme les amuseurs médiévaux qui ne manquaient pas de se produire sur le parvis de la cathédrale au son des flûtes et des tambourins. « Elle se renversait de tous les côtés, pareille à une fleur que la tempête agite », écrivit Gustave Flaubert dans Hérodias, nouvelle dont il puisa l’inspiration précisément dans cette composition sculptée. Puis l’on découvre la tension qui se dégage des parties centrale et droite de la scène : Salomé présente sur un plat la tête de Jean-Baptiste, et un bourreau au physique nettement africain, que l’on a sans doute ainsi choisi pour souligner la noirceur de son irrémédiable geste, s’apprête à couper la tête du prisonnier qui émerge de la geôle, les mains jointes.
Accédez à l’article complet et plus encore
Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°110 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.
Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.
