Le Cinglais
Cœur historique de la Suisse normande
Au cœur de la Suisse normande se cache un pays dont l’origine remonte bien avant l’an mil. Alors que les ducs normands étendent leur emprise territoriale vers l’Orne, ils fieffent une partie de leur domaine du Cinglais à des seigneurs de confiance, les Taisson1, les Marmion, les de La Pommeraye ou les de Tournebu. Outre d’imposantes fortifications, ceux-ci fondent des abbayes qui contribuent au rôle économique et au rayonnement spirituel du Cinglais.
Le donjon des barons de Tournebu (XIIIe et XVIIe siècles). La tour résiste, mais elle est fragilisée par les souterrains et l’effondrement de l’escalier. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Le Cinglais, une mosaïque de paysages
Mottes castrales, églises romanes, vestiges de donjons et d’abbayes subsistent de cette époque médiévale. De nombreux toponymes (communes, hameaux, forêt) conservent la mémoire de l’histoire féodale du Cinglais. L’empreinte des familles nobles comme celles de Saint-Germain, d’Oilliamson, d’Harcourt se manifeste par l’édification de châteaux Renaissance ou classiques imposants, ou de simples demeures de plaisance. La forêt domaniale de Cinglais, malgré les défrichements, couvre encore une grande partie du territoire en arc de cercle autour de Boulon. La forêt de Grimbosq, le bois d’Alençon au nord qui s’étend jusqu’à Bretteville, les bois d’Outrelaise et de la vallée de la Laize à l’est, les bois de Saint-Clair ou de Saint-Germain-Langot au sud constituaient un même domaine forestier. Les cours d’eau et leurs moulins gardent la trace d’une intense activité artisanale. Dans le bocage ou la plaine, entre hameaux et bourgs s’étendent les terres agricoles et les prairies. Rochers de schistes et de grès affleurent sur le plateau et le versant des vallées couvert de landes et de broussailles. Au nord-est, en bordure de la vallée de la Laize, le calcaire de Caen connaît une forte exploitation ainsi que le minerai de fer. Les façades des maisons, fermes ou châteaux expriment la diversité du sous-sol et confèrent aux paysages du Cinglais2 un charme rural. Longtemps isolée, cette région est désormais reliée à Caen par les routes de Flers et de Falaise qui l’encadrent.
La baronnie du Cinglais
Le pagus ou pays de Cinglais est une entité administrative carolingienne au sud de Caen, une centaine dont Cingal est le centre. En 1005, Richard II, duc de Normandie, cède en douaire à son épouse, Judith de Bretagne, une partie du domaine ducal du Cinglais qui lui revient à la mort de celle-ci. De Fontenai, au sud de Caen, à Petrafita (Pierrefitte-en-Cinglais), entre l’Orne et la rive droite de la Laize, plusieurs villae sont encore identifiables, dont Torei (Thury). Le duc normand Richard II le confie, avant 1025, en fief à son vassal Raoul l’Angevin qui octroie une partie des terres, dont la forêt de Cinglais, à son frère cadet Erneis. Surnommé le Taisson – le blaireau –, Raoul est le premier baron du Cinglais.
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