PATRIMOINE NORMAND

Les passions normandes de Viollet-le-Duc

Dans l’histoire de l’architecture, peu de destins sont aussi fascinants que celui d’Eugène Viollet-le-Duc. Depuis l’adolescent qui s’en va à pied sur les routes de Normandie jusqu’au maître d’œuvre des restaurations du château d’Eu, sa pensée va complètement bouleverser la façon dont le patrimoine est perçu.

Eugène Viollet-le-Duc âgé par le photographe Nadar, entre 1872 et 1878. (Papier, 34,8 × 25,8 cm. Rijksmuseum d’Amsterdam - rijksmuseum.nl)

Eugène Viollet-le-Duc âgé par le photographe Nadar, entre 1872 et 1878. (Papier, 34,8 × 25,8 cm. Rijksmuseum d’Amsterdam – rijksmuseum.nl)

Mis à jour le 22 novembre 2025 à 16:13 Par
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Le 22 septembre 1832, il fait bien gris à Rouen. Dans la pénombre de la cathédrale, face à l’escalier à balustrade construit par Guillaume Pontifs au XVe siècle qui donne sur la bibliothèque du chapitre, du côté du portail des Libraires, un garçon de dix-huit ans est en train de dessiner. C’est Eugène Viollet-le-Duc. Sous son crayon agile, aucun détail ne lui échappe. Méticuleux jusqu’à l’obsession, il veut devenir architecte, comme son grand-père. Et surtout travailler sur les bâtiments du Moyen Âge, période qui le fascine depuis son enfance.

Ses parents très aimants ne critiquent pas ses choix et le laissent libre de ses passions après son baccalauréat, qu’il obtient à seize ans. Dans leur salon, Hugo, Stendhal, et Mérimée sont des familiers. Son père est conservateur des résidences royales de Louis-Philippe. Son oncle, Étienne-Jean Delécluze, est peintre et critique d’art. À cette époque, point besoin de diplôme pour devenir architecte. On peut entrer à l’Académie des Beaux-Arts, récemment fondée, bien sûr. C’est un bon moyen d’avoir des commandes. Mais le secrétaire perpétuel de cette institution, Quatremère de Quincy, est un vieux bougon de soixante-quinze ans, très imbu de lui-même, qui martèle que le style gothique n’est qu’une « compilation incohérente de tout ce qu’avait pu transmettre un goût dégénéré ». Eugène est scandalisé et refuse de s’inscrire. Grâce à son père, il fréquente les architectes en place, voyage, et acquiert une certaine indépendance en vendant ses croquis et ses aquarelles. Loin des conservatismes indigestes, des doctrines étriquées et des hiérarchies sévères, il sait ce qu’il veut faire : se former lui-même, en autodidacte, seul face à l’imposante réalité des édifices médiévaux.

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