PATRIMOINE NORMAND

Guillaume le Conquérant

En initiant notre série de portraits sur les ducs de Normandie, nous savions qu’après quelques épisodes seulement nous croiserions l’exceptionnelle destinée de l’un des plus fameux d’entre eux, Guillaume II, conquérant du Passais, du Maine et de l’Angleterre. Nous ne pouvions traiter un personnage d’une telle envergure en quelques pages et nous avons donc décidé de lui consacrer notre dossier trimestriel, en nous appuyant notamment sur la monumentale biographie récemment publiée par l’historien britannique David Bates1. En avançant nombre d’idées novatrices, cette somme de travail majeure ouvre de nouvelles pistes de recherche, pour mieux appréhender certains aspect de la vie de l’homme qui bouleversa à jamais le cours de l’Histoire.

Guillaume le Conquérant représenté le roi Harold gisant à ses pieds, une flèche plantée dans l’œil. Chronica monasterii de Pipwell. (Harley Ms 264, fol. 145 – Angleterre, 1639-1643 – © The British Library - Domaine public - www.bl.uk)

Guillaume le Conquérant représenté le roi Harold gisant à ses pieds, une flèche plantée dans l’œil. Chronica monasterii de Pipwell. (Harley Ms 264, fol. 145 – Angleterre, 1639-1643 – © The British Library – Domaine public – www.bl.uk)

Mis à jour le 19 novembre 2025 à 11:04 Par
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Formation d’un chef (1035-1065)

La nouvelle du trépas de Robert le Libéral à Nicée (auj. Iznik, Turquie), le 2 juillet 1035, arrive sans doute en Normandie vers la fin de l’été ou au début de l’automne suivant. Guillaume, alors âgé de 7 ou 8 ans, est désormais duc de Normandie, sans bien sûr assumer la réalité du pouvoir. Son père a veillé à bien l’entourer et il est épaulé par des personnages solides, comme son grand-oncle, le puissant archevêque Robert de Rouen, Gilbert de Brionne, son tuteur, le sénéchal Osbern de Crépon et le précepteur Turold. Robert et Gilbert appartiennent aux Richardides, c’est-à-dire aux enfants des ducs Richard Ier et Richard II, ce qui leur confère une certaine prééminence au sein de la noblesse. Robert le Libéral a en outre pris la précaution de présenter son fils à Henri Ier, le plaçant ainsi de facto sous la protection du roi de France, et peut-être aussi sous celle du duc Alain III de Bretagne. Bref, tout semble avoir été organisé pour que la transition s’effectue en douceur en cas de drame. Mais…

Selon David Bates, on a probablement accordé trop d’importance à la « bâtardise » du jeune duc, notion n’apparaissant qu’au début du XIIe siècle sous la plume du moine-historien Orderic Vital, et qui ne semble guère choquer les Normands des alentours de l’an mille. Dans n’importe quelle principauté en revanche, et même pour les rois de France, une minorité constitue toujours une épreuve redoutable : les féodaux profitent en effet du moindre fléchissement de l’autorité centrale pour renforcer leur assise locale, s’attribuant des prérogatives régaliennes ou arrondissant leurs domaines aux dépens de voisins plus faibles, quand la propriété foncière est synonyme de richesse. Des luttes de factions se développent aussi dans l’entourage du prince afin de le tenir entre ses mains et s’offrir ainsi l’opportunité d’exercer le pouvoir en son nom.

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