Jeanne d’Arc et la Normandie
La Pucelle devant ses juges
Dès le siège d’Orléans, les Anglais avaient promis à Jeanne « qu’ilz la feroient ardoir, s’ilz la povoient tenir »1. Une fois tombée entre les mains de leurs alliés bourguignons, rien ne semble en mesure d’empêcher la sombre promesse de s’accomplir. Mais au fait, pourquoi avoir choisi Rouen pour y tenir son procès ? Qui furent ses juges et où officia-t-on ? Au final, comment une jeune fille d’une vingtaine d’années acheva-t-elle son existence dans les flammes d’un bûcher ?
Plaque commémorative apposée sur les murs du palais archiépiscopal en souvenir du procès de 1431. (© Stéphane William Gondoin) ; Jeanne d’Arc malade est interrogée dans sa prison par le cardinal de Winchester. Le peintre P. Delaroche remplace ici Cauchon par un ecclésiastique plus connu du public britannique, Henri Beaufort, cardinal et évêque de Winchester, figuré dans la pièce de Shakespeare Henri VI. Huile sur toile – XIXe siècle . (© MBA Rouen)
Nous avons laissé Jeanne caracolant sous bonne escorte à la sortie de Saint-Valéry-sur-Somme. Aucun contemporain n’a pris le soin de préciser son trajet à travers la Normandie et il nous faut attendre l’an 1657 pour en trouver mention sous la plume du père Ignace de Jésus Maria, dans son Histoire généalogique des comtes de Ponthieu et Maïeurs d’Abbeville : « Elle ne s’arresta pas en la ville de S. Valery : car ses gardes la conduisirent à la ville d’Eu, et de là à Dieppe, puis enfin à Rouen qui estoit la ville qu’on avoit choisie pour estre le dernier théâtre d’honneur où la vertu de nostre sainte fille devoit paroistre. » Le caractère tardif de cette source suffit à la rendre suspecte, mais le religieux qui en est l’auteur a pu bénéficier de documents aujourd’hui disparus. À défaut d’être probable, cet itinéraire est pour le moins plausible. Quoi qu’il en soit, Jeanne est à Rouen à la fin du mois de décembre 1430.
Paris ou Rouen ?
Pour comprendre comment elle est arrivée sur les rives de la Seine, revenons quelques mois en arrière. Dès le 26 mai 1430, soit trois jours seulement après la capture de Jeanne, Martin Billorin, vicaire général de Jean Graverent, l’inquisiteur de France, écrit au duc Philippe de Bourgogne pour lui demander qu’on lui remette la prisonnière. Dans sa lettre, il reproche à « certaine femme nommée Jehanne, que les adversaires de ce royaume2 appellent la Pucelle » d’avoir « en plusieurs citez, bonnes villes et autres lieux de ce royaume, semez, dogmatisez, publiez et fais publier et dogmatizer pluseurs et divers erreurs […] dont s’en sont ensuiz et ensuyent pluseurs grans lésions et escandes [ndla : scandales] contre l’onneur divin et nostre sainte foy, à la perdicion des âmes de pluseurs simples chrestians. » En d’autres termes, Jeanne est fortement suspectée d’hérésie et d’avoir contaminé avec ses « erreurs » de bons chrétiens. Elle doit, toujours selon Billorin, venir répondre de ses actes devant le tribunal de la « sainte inquisition », qui sera assisté « des bons docteurs et maistres de l’université de Paris. » Ce qui est proposé ici, c’est donc de faire juger Jeanne à Paris, conjointement par l’Inquisition et l’Université.
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