Culture du sarrasin en Normandie
Du clos à la galetière
Loin d’être un exotisme breton, le sarrasin est omniprésent dans les campagnes du bocage normand de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle. Les paysans manchois ont été précurseurs dans la culture de cette plante rustique, indissociable des paysages et des pratiques agricoles du Massif armoricain.
Le moulin de Moidrey (Manche) domine la baie du mont Saint-Michel. Construit au XVIIIe siècle, il a été restauré en 2003 et classé en 2007 au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il produit aujourd’hui encore de la farine de sarrasin. (© Gycessé, Flickr) ; À gauche : graines de sarrasin. (© Damien Bouet, Maison Dolbet)
Aux origines du sarrasin
L’importation du sarrasin en Europe est souvent attribuée aux Croisés ou aux Maures, comme le laisse entendre son nom. Les recherches récentes, notamment celles d’Alain-Gilles Chaussat, montrent au contraire qu’il s’agit d’une plante asiatique, introduite en Europe à la fin du Moyen Âge. Le sarrasin n’est pas une céréale, mais une polygonacée originaire d’Asie centrale. Son ancêtre sauvage viendrait de la vallée du Sichuan, en Chine du sud-ouest. L’appellation tient davantage à la couleur sombre de la graine et à son exotisme supposé qu’à une quelconque origine proche-orientale. Il est présent en Allemagne et dans les Flandres dès le XIVe siècle. En Normandie, la première mention connue se trouve dans un registre du diocèse d’Avranches daté de 1460, évoquant la répartition des dîmes du frumentum sarracenorum entre le chapitre cathédral d’Avranches et le curé de la paroisse de Pontaubault. Cette mention atteste la présence de la plante dans la partie méridionale de la Manche dès le XVe siècle, quelques décennies seulement après son introduction dans d’autres pays européens.
L’introduction du sarrasin en Normandie armoricaine s’inscrit donc dans un mouvement plus large d’expérimentation agricole. Plutôt que de chercher à imiter les modèles céréaliers du Bassin parisien, les paysans cherchent à cultiver de nouvelles plantes, mieux adaptées à leurs terroirs. Dès le XVIIe siècle, le blé noir s’intègre pleinement dans les systèmes agraires de l’ouest de la Normandie. La nature acide des sols et la pluviométrie abondante favorisent cette plante peu exigeante. Longtemps apanage de la petite ruralité, cette agriculture du « peu » témoigne finalement de la rationalité des populations locales.
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