Jehan Ango
Terreur des mers à la Renaissance
An de grâce 1494, septième jour de juin. Les voyages se multiplient depuis l’Europe vers les quatre coins du globe et le monde entre dans l’ère des « Grandes Découvertes ». Le roi du Portugal, Jean II le Parfait (1481-1495), et les Rois Catholiques, Isabelle de Castille (1474-1504) et Ferdinand II d’Aragon (1479-1516), se partagent la planète par le traité de Tordesillas. Une manière de Yalta avant la lettre, conclue sous l’égide du pape Alexandre VI Borgia (1492-1503).
François Ier reçu à Dieppe par Jehan Ango. L’armateur organisa une sortie en mer pour le souverain et sa cour. Gravure romantique du XIXe siècle. (© Collection Stéphane William Gondoin)
Une vingtaine de mois plus tôt, un certain Christophe Colomb a posé le pied sur une île des Antilles, pour le plus grand malheur des peuples autochtones. On ignore néanmoins à cette date, tout – ou presque – du continent américain comme de l’Extrême-Orient, a fortiori de l’Océanie. Seuls s’esquissent vaguement les contours de l’Afrique occidentale, où les Portugais ont déjà établi plusieurs comptoirs, peut-être pour certains à l’emplacement d’établissements dieppois disparus1.
Un monopole sur le monde
Le traité de Tordesillas trace une ligne imaginaire « droite de pôle à pôle, c’est-à-dire du pôle arctique au pôle antarctique, ce qui est du nord au sud […] à 370 lieues des îles du Cap-Vert », soit un peu moins de 1 800 km à l’est de cet archipel. Contrairement à une idée reçue, on sait en effet à cette époque depuis belle lurette que la Terre est ronde, mais les dogmes de l’Église la situent au centre de l’univers et font tourner le soleil autour d’elle. Tout ce qui sera exploré à l’ouest de cette ligne appartiendra aux Espagnols, avec monopole sur la navigation et le commerce ; ce qui s’étend à l’est sera aux mêmes conditions propriété exclusive des Portugais. Le contexte est propice à cette partition léonine, quand les autres puissances maritimes sont occupées ailleurs : l’Angleterre panse encore ses plaies après la terrible guerre des Deux-Roses (1455-1485) et Charles VIII (1483-1498), roi de France, ne rêve que du mirage italien.
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