La dentelle d’Argentan,
quand la tradition revit
Autrefois grande région dentellière, la Normandie a malheureusement vu s’éteindre les différentes traditions (à l’aiguille, aux fuseaux et filets), surtout en raison de la Révolution. Depuis quelques années cependant, la dentelle apparaît comme un atout économique et social pour les diverses villes où furent créés les points. Des conservatoires de la dentelle et des centres de formation, dont la structure d’Argentan, ont donc été mis en place, ayant pour objet de faire renaître sous les doigts de fées des dentellières les belles dentelles regrettées.
Rare dentelle en point d’Argentan (fin XIXe siècle, début du XXe siècle), Manufacture Lefébure, dont le thème n’est pas floral mais des personnages. Intitulé « Mariage princier ». (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand)
Petit historique de la dentelle
Si l’on en croit la légende, la dentelle d’Argentan puiserait son origine dans le Moyen Âge. On raconte en effet qu’un fils de prévôt des marchands de Paris, Jacques Gautier Dumontel, vint à Argentan en 1378 pour acheter des dentelles. Une autre légende veut que ce soit la Vierge qui ait réalisé de magnifiques ouvrages pour une pauvre orpheline dentellière, endormie sur son travail.
En fait, quelle que soit l’ancienneté de la dentelle d’Argentan, il est incontestable que sa renommée fit que la ville accueillit une manufacture de dentelle de France au XVIIe siècle sur ordre de Colbert.
La dentelle est le fruit de l’évolution des passements, entre-deux à fils tirés utilisés sur les vêtements des courtisans de la cour. Il est possible que, tout comme à Alençon, certains points comme le point-coupé soient travaillés à l’aiguille. Il ne s’agit pas de dentelle puisque les motifs sont réalisés à partir de bandes de tissu dont on a tiré les fils. La véritable dentelle n’apparaît qu’avec le gros-point de Venise, qualifié de « Grand-Mère » de la dentelle. Ici, tout est réalisé à l’aide d’une aiguille. Composé de motifs liés entre eux par des « brides utilitaires », la dentelle en gros point de Venise acquiert une très forte renommée à travers les cours d’Europe. Les nobles s’arrachent les dentelles et sont prêts à dépenser des fortunes pour suivre la mode, d’où une fuite de capitaux vers les pays producteurs de dentelle. Pour répondre à cette demande frénétique, Louis XIV crée en 1665 les Manufactures royales de dentelle, faisant venir des dentellières des Flandres et de Venise. Elles sont installées dans plusieurs ville de France, dont Alençon et Argentan, avec pour objectif l’enseignement des points à la mode aux dentellières de la région. Parallèlement, Louis XIV interdit l’achat des dentelles à l’étranger, et demande aux dentellières des manufactures d’inventer un point spécifique à la France. Il entend ainsi endiguer la fuite des capitaux.
Les motifs sont reproduits sur du parchemin doublé de deux épaisseurs de tissu. La zone découverte est faible, puisque la dentellière cache presque entièrement son ouvrage pour éviter de le salir et de se déconcentrer. Le fil utilisé, extrêmement fin est en coton d’Égypte. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand)
De la réflexion conjointe des différents artistes (Le Brun, Bonnemer…) apparaît une nouvelle dentelle, le Point de France. Les décors, très présents, y sont liés entre eux par un réseau, maillage très fin, qui devient la caractéristique de la dentelle. Dentelle à l’aiguille, très belle, mais aussi très longue à fabriquer, et donc chère, elle n’en devient pas moins la plus recherchée d’Europe. Au XVIIIe siècle, un certain Guyard, membre d’une famille de dentelliers et négociants en dentelle à Argentan, possède une Manufacture royale de Point de France et fournit la cour de France en dentelles.
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