Le manoir d’Ango
Bijou de la Renaissance
Situé un peu à l’écart du village de Varengeville, le manoir d’Ango ne se dévoile que très peu, ne laissant apparaître de l’extérieur que des murs sobres. Il s’agit pourtant d’un petit bijou de la Renaissance en Normandie, qui cache en son sein des richesses ornementales, malheureusement dispersées pour la plupart depuis la Révolution.
Entrée est du manoir, sur laquelle on débouche en arrivant de par l’allée arborée. Les deux tourelles sont probablement antérieures au XVIe siècle. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand)
Le manoir occupe un site dégagé en arrière du village et de la zone côtière boisée. Construit dans la première moitié du XVIe siècle, il est l’un des derniers témoins de l’architecture italienne apportée en Normandie de cette taille, trop d’autres édifices ayant été transformés dans les périodes ultérieures. Il est certes remarquable par la qualité de l’édifice, mais surtout par l’importance du commanditaire, Jean Ango.
Jean Ango, armateur et mécène
Sa naissance (en 1480), dans une riche famille d’armateurs dieppois destine Jean Ango à parcourir les mers et à y lancer ses navires. Mais ceci devient sans doute une vocation, encouragée par la période (fin XVe – milieu XVIe siècle), riche en expéditions maritimes et en découvertes de terres nouvelles. (Christophe Colomb, Vasco de Gama… et des Normands comme Jean Cousin – Dieppois – qui aurait touché en 1488, le Brésil et pénétré l’Océan Indien, ce qui n’avait jamais été réalisé auparavant. Mais cet exploit ne fut jamais homologué, les Normands n’ayant pas de cartographe parmi eux pour dessiner les lieux.) Il semble que Jean Ango, avant d’être armateur, embarque pour de longues expéditions, dirigées par Jean Cousin. Excellent meneur d’hommes et commerçant, Ango arme avec succès ses propres navires pour des destinations lointaines : les « Indes », les côtes d’Afrique… Les richesses rapportées par les explorateurs portugais et espagnols avaient ouvert de nombreux appétits, qui ne purent malheureusement être satisfaits en raison d’une bulle papale de 1493, interdisant aux navigateurs autres que portugais ou espagnol de pénétrer dans les eaux et les concessions appartenant à ces derniers. L’injustice et l’illégitimité de cette mesure sont trop fortes et les armateurs, surtout français, réagissent : il faut s’emparer de cette richesse, quels qu’en soient les moyens. C’est le début de la flibuste, « brigandage » officiel et légalisé par une autorité du pays, ayant pour objet de rapporter des richesses. Elle consistait ou à détourner toute ou partie des cargaisons espagnoles ou portugaises, ou bien à « retourner » un pilote de ces expéditions pour qu’il les mène aux richesses. Les flibustiers exerçaient leur activité dans les eaux des Antilles, effectuant un aller-retour à partir de l’Europe jusqu’en 1625, puis agissant depuis les Antilles à partir de 1625. C’est d’ailleurs la localisation de leur théâtre d’opération qui les différencie des corsaires, eux aussi patentés par une autorité.
Le pigeonnier construit en 1535, un des plus beaux de la région. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand)
Jean Ango est l’un des premiers à réagir contre cette bulle papale, et à se lancer dans la guerre de course (flibuste) contre les Espagnols et les Portugais. Il est l’un des premiers aussi à comprendre le handicap des Français par rapport aux Espagnols et Portugais, l’absence de cartographes lors des expéditions. Comme nous l’avons mentionné plus haut, sans cartographe pour décrire les terres découvertes et les routes à suivre pour les atteindre, les inventions ne peuvent être homologuées. On perd donc alors une avance sérieuse sur les autres pays pour la course aux richesses. De plus, on ne peut alors trouver les autres terres découvertes.
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