Vers l’exil sur les chemins de Normandie
Journal de bord en Normandie – Michel de Decker
En juillet de 1830, la révolution claque à Paris. À mort le roi Charles X ! En février de 1848, la troupe a tiré sur le peuple, la révolte gronde. À bas Louis-Philippe ! En septembre de 1870, Napoléon III est aux mains des Prussiens et la tête de son épouse, Eugénie, est mise à prix par la foule, qui proclame la République. Vite, il faut fuir et se réfugier en Angleterre en galopant sur les chemins de Normandie.
Charles X traverse la Normandie sur le chemin de son exil en Angleterre. (DAO Patrimoine Normand)
Hâtons-nous lentement
À la fin du mois de juillet de 1830, après avoir accumulé les maladresses, le roi Charles X est bel et bien parvenu à hérisser la population parisienne et, en trois jours de temps – les Trois Glorieuses –, la grogne s’est transformée en révolte et la révolte en révolution. Ne voulant pas subir le même sort que son frère Louis XVI, il a commencé par réunir treize mille fidèles à Rambouillet, d’où il envisage tout simplement de trottiner jusqu’à la rade de Cherbourg. Trottiner est bien le terme, car il ne lui faudra pas moins de treize jours pour rejoindre le Great Britain, ce bâtiment qui l’emmènera de l’autre côté du Channel. Sur le chemin de l’exil, le roi détrôné connaît alors sa première nuit au château de Maintenon, où il dort dans la chambre humide de la deuxième épouse de Louis XIV. On comprend qu’il ait eu grand-peine à y trouver le sommeil ! La nuit suivante, il la vivra à Dreux dans l’hôtel de Pierre de Barrey. Direction Verneuil-sur-Avre, ensuite, pour la nuit du 5 au 6 août qu’il passera dans l’hôtel de Piaillère. De là, on chemine vers le château de L’Aigle, où l’on va frôler la catastrophe. Pourquoi ? Parce que la table de la salle à manger est ronde et que l’étiquette n’autorise pas le roi – même sans couronne ! – à présider un repas sur une telle table ! En toute urgence on a donc dû faire appel un menuisier, qui s’est employé à scier un des arrondis. Charles X a vécu la nuit suivante au logis de Tourelles, au Merlerault, un bourg planté à quatre petites lieues du Haras du Pin de Colbert. C’est aux Tourelles que le jeune duc de Bordeaux (futur comte de Chambord), alors âgé de dix ans, a bondi vers le roi, son grand-père, en disant : « Bon papa, faites-moi donner une autre chambre, la mienne est pleine de puces ! Mon lit est un vrai chenil ! »
Le lendemain, fouette cocher, direction Argentan et l’hôtel de Raveton. La nuit suivante s’écoulera à Falaise, où les lents fuyards arriveront sous une pluie battante.
Accédez à l’article complet et plus encore
Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°98 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.
Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.
