Pierre Le Tourneur
Le premier traducteur de Shakespeare était normand
Au XVIIIe siècle, Pierre Le Tourneur, natif de Valognes, dans la Manche, fut le premier à réaliser une traduction française de l’intégralité de l’œuvre de William Shakespeare. Ce travail monumental déclencha d’incroyables passions parmi les intellectuels de toute l’Europe, et toute la haine de Voltaire se déversa sur ce Normand pourtant bien paisible….
La puissance, le réalisme et l’audace des personnages shakespeariens, révélés par Pierre Le Tourneur, ont bouleversé les règles du théâtre classique français. (© Photo The London Dungeon)
Le 9 juin de l’an 1737, alors que le roi Louis XV est sur le trône de France depuis une vingtaine d’années, naît à Valognes dans la famille Le Tourneur un petit garçon que, dès le lendemain, l’on baptise Pierre Prime Félicien. Le vicaire Bernardin Félix Guillot officie, s’étonnant tout de même un peu de l’absence du père de l’enfant, Thomas Le Tourneur : c’est le parrain, le sieur Pierre Vicq de Vallamprey, accompagné de la marraine, Marguerite Lonce, épouse de Guillaume Le Tourneur, qui présentent le petit Pierre sur les fonds baptismaux. Thomas avait épousé une certaine Anne Hervieu en justes noces, et tous deux tiennent un commerce de dentelles à Valognes. On ne roule pas sur l’or, on ne possède pas de titre de noblesse, pas question de se lancer dans des dépenses inconsidérées, ni d’être admis aux fêtes brillantes qui se déroulent dans les beaux hôtels particuliers qui font la fierté de la ville, mais on n’est pas non plus dans la misère : les affaires tournent raisonnablement, la maisonnée est plutôt bien tenue. Les premières années passent, Pierre survit et grandit – ce n’était pas si évident à une époque où la mortalité infantile était importante – et ses parents se sont fixé un objectif : donner à leur fils les moyens d’accéder à une condition sociale supérieure à la leur, et de vivre dans une plus grande aisance. Ils ne savent pas encore que leur souhait va se réaliser, ni que Pierre va devenir l’un des intellectuels les plus fameux des cercles littéraires de son temps.
Le temps des fêtes galantes
Bien que fort éloignée de la puissante ville qu’était Rouen, et bien entendu de la capitale, Valognes n’en était pas pour autant une localité dépourvue d’attraits, bien au contraire. Dès la fin de la Renaissance, et pendant tout le XVIIe siècle, Valognes avait vu se développer une importante aristocratie urbaine, portée par une économie relativement prospère, malgré le risque toujours présent des épidémies – le Cotentin a été ravagé par la peste en 1625 – et surtout le poids de taxes royales très lourdes et un contexte politique international difficile, qui se poursuivit au cours du XVIIIe siècle : la défaite de l’amiral Tourville, au printemps 1692, face aux navires de la coalition anglo-hollandaise et le bombardement de Cherbourg le 1er juin, la première tentative avortée de débarquement anglais, toujours à Cherbourg, en août 1708, puis la déclaration de guerre entre la France et l’Angleterre en 1756, suivie de la seconde tentative de débarquement, cette fois réussie, deux ans plus tard, qui aboutit à la destruction du grand port.
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