L’abbaye de Cerisy
Parmi les nombreuses abbayes qui enrichissent le patrimoine de la Normandie, Cerisy est l’une des plus belles, magnifiquement dressée à l’orée de la forêt.
Abbaye de Cerisy-la-Forêt. En tournant le dos à la forêt, c’est là le plus beau point de vue sur l’église abbatiale : l’abside et le transept. L’abside romane comporte trois étages de fenêtres, disposition unique en Normandie. Elle est due principalement à un chœur sans déambulatoire. Cette abside a été renforcée au XIVe siècle, la voûte romane, effondrée, commençait à amener des désordres dans cette construction alors contre-butée par ces puissants contreforts. Quelques fenêtres hautes ont été modifiées en style gothique. Cette abside s’appuie sur le massif rectangulaire du chœur dominé par un pignon et deux clochetons refaits au XIVe siècle. Ce chœur rectangulaire est flanqué, comme à Saint-Nicolas de Caen et à Saint-Gabriel, de deux collatéraux voûtés d’arêtes et longs de deux travées. Celui que nous voyons ici a été repercé au XIVe siècle d’une grande verrière gothique au rez-de-chaussée. La fenêtre d’origine devait être identique à celle de l’étage et celle du côté. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Arrivez à Cerisy en venant de Bayeux, par la forêt de Balleroy, magnifique hêtraie, l’une des plus belles de Normandie, jusqu’au carrefour de l’Embranchement où la forêt devient celle de Cerisy. En sortant du couvert forestier, la magnifique abside romane surgit au milieu des prairies, intemporelle. De ce côté rien ne semble avoir changé depuis neuf siècles. Mais il faut remonter encore plus loin, au début du VIe siècle, hanté par le légendaire, pour retrouver le fondement sacré du lieu. À cette époque, Volusien, un grand propriétaire terrien de Cerisy1, d’origine gallo-romaine, est confronté à « un horrible serpent qui y causait de grands ravages »2. Il fait alors appel à Vigor, vers 510, encore ermite à Reviers, qui fait tomber le serpent par terre « en imprimant sur lui le signe de la croix », lui attache son étole au cou et le met entre les mains de son fidèle Theodemir qui va le noyer dans la Drôme qui prend sa source à proximité dans la forêt, avant de se diriger vers Bayeux. Pour le remercier, Volusien, qui était ami ou fils d’un ami de Sidoine Apollinaire, donne à Vigor la terre de Cerisy avec vingt-cinq villages (ou fermes), probablement après qu’il soit devenu évêque de Bayeux, après 514. Il va établir là un premier établissement religieux qui sera abandonné et ruiné suite aux raids vikings, vers la fin du IXe siècle. Toute la région qui avait été christianisée retourne au paganisme. Mais les Normands, Vikings sédentarisés, principalement les comtes de Rouen, à partir de la constitution de la Normandie en 911 (le Bessin lui étant rattaché en 924 et le Cotentin en 933), regagnent progressivement ces régions au christianisme.
Le 12 novembre 1032, cinq siècles après la première fondation, le duc Robert le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant, établit ou rétablit une abbaye à Cerisy, importante étape de la reconquête religieuse de la Normandie occidentale. A partir de cette nouvelle fondation, va être édifiée une magnifique église abbatiale. Des reliques y sont amenées très tôt pour renforcer l’importance du nouvel établissement. Guillaume le Conquérant lui fait don en 1048 d’un os du bras droit de Saint Vigor, l’église étant sous le patronage du saint.
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Notes
- Septième évêque de Bayeux décédé le 19 juin janvier 513. Il est le saint patron d’une paroisse au nord de Caen.
- C’est le point le plus élevé de Bayeux, où se dresse d’ailleurs le château d’eau, c’est toujours le nom d’un quartier – celui du mont Phaunus – et c’est à proximité qu’est édifié le prieuré Saint-Vigor.
