PATRIMOINE NORMAND

Cap d’Antifer

Les valleuses aux merveilles

La côte d’Albâtre est une immense muraille calcaire qui galope sur 120 kilomètres depuis le cap de la Hève jusqu’au Tréport. Infranchissable au premier coup d’œil, elle est cependant entaillée, ici ou là, par les lits d’une poignée de fleuves côtiers, mais aussi par ce que les Cauchois nomment des « valleuses ». Villes et villages de caractère ont colonisé la plupart de ces dépressions naturelles et rares sont celles qui ont conservé un caractère vraiment sauvage…

Le cap d'Antifer. Plage du Tilleul et pointe de la Courtine. ( © Stéphane William Gondoin)

Le cap d’Antifer. Plage du Tilleul et pointe de la Courtine. ( © Stéphane William Gondoin)

Mis à jour le 16 décembre 2025 à 22:07 Par
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Une valleuse, c’est une vallée sèche et suspendue qui entaille profondément, en descendant vers la mer, le rebord du plateau littoral. Un peu comme un coup de sabre donné par quelque géant oublié en des temps immémoriaux. Leur formation est en fait due à des rivières ou des ruisseaux disparus depuis des lustres. Il y a 20 000 ans de cela, en pleine époque glaciaire, le niveau des océans se situait plus bas d’une centaine de mètres que de nos jours. La Manche n’était pas la mer que nous connaissons, mais une étendue de terre ferme, sillonnée par un immense paléo-fleuve prolongeant le Rhin et se jetant dans l’Atlantique, quelque part entre la Cornouailles (sud de l’Angleterre) et la pointe bretonne. La Tamise, la Somme et la Seine en étaient de simples affluents. En amont d’un inextricable réseau de confluences, Somme et Seine recevaient les eaux provenant de nos valleuses. Lorsque le niveau des océans monta, entre 12 000 ans et 6 000 ans avant notre ère, le bassin de la Manche se remplit lentement et les vagues vinrent finalement mordre le pied des falaises du pays de Caux. L’action régulière de ces dernières grignota la côte de calcaire tendre, la fit reculer, laissant les valleuses perdues dans le vide, parfois à plusieurs dizaines de mètres de hauteur.

Autour du cap d’Antifer

Encadré par le terminal pétrolier d’Antifer au sud, par les arches des falaises d’Étretat au nord, le cap d’Antifer est couronné par la silhouette du phare éponyme, reconstruit au début des années cinquante pour remplacer un édifice antérieur, saboté par les Allemands en septembre 1944. Planté au milieu de blockhaus, reliques pathétiques du Mur de l’Atlantique, c’est l’un de ces phares « du bout du monde », auquel on accède au moyen d’une unique et étroite route goudronnée en cul-de-sac. Perchée à près de 130 mètres au-dessus des flots, sa lanterne signale aux navires l’approche du port du Havre jusqu’à 30 milles nautiques, soit 55 kilomètres !

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