Le goubelin
À la recherche du lutin normand
C’est une recherche comme il n’en surgit que des tragédies de la guerre, un jeu de construction par delà les ans qui connaît son épilogue après des décennies d’incertitude. Avec de la patience et de la pugnacité, les pièces du puzzle ont fini par s’assembler, et l’Histoire triomphe au bout du chemin.
Un goubelin musicien manifestement de mauvaise humeur ? Détail d’une façade bois à Rouen. (© Serge Van Den Broucke)
Que sait-on vraiment du monde qui nous entoure ? Et tout savoir est-il au fond souhaitable ? L’Homme a-t-il réellement pris la mesure du fait qu’il n’est qu’un élément d’un tout, dont la destinée est indissociable de celle des autres êtres, et que chacun de ses mouvements influe sur les autres créatures et l’ordre du monde lui-même, comme dans le concept du wyrd des anciens peuples scandinaves ? « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve ta philosophie », Shakespeare fait-il dire à Hamlet (acte I, scène V). Acceptons donc d’être perméables aux mystères, à la poésie et à la magie d’une nature complexe, diverse, dont la réalité ne se résume pas à ce qu’on peut quantifier. Nos ancêtres pensaient ainsi. Pour eux, l’environnement quotidien était habité non seulement par les hommes et les animaux, mais aussi par une foule d’autres personnages étranges mais familiers, bénéfiques ou maléfiques, recherchés ou craints, mais en tout cas bien vrais : le Petit Peuple. L’Europe du Nord-Ouest est riche de ces êtres mythologiques, dont l’existence est attestée à travers les contes, les légendes, les récits, les chansons, l’art et, d’une façon générale, l’ensemble du corpus du folklore. Mais il ne s’agit pas ici d’amusettes tout juste bonnes à faire rire ou frémir les enfants. Le Petit Peuple a des pouvoirs et de l’influence sur la qualité des récoltes, la santé des fermiers et des vaches, la solidité d’une maison ou la destinée d’une famille. Ses origines remontent toujours loin et on parle parfois, à juste titre, de divinités mineures. De tous les représentants du Petit Peuple, il en est un profondément attaché à notre terre normande : le goubelin.
Dans les fermes du pays de Caux, quand le vent du soir fait bruisser les feuillages des arbres ceignant le clos-masure et que le souffle vient de la mer, il arrive qu’on l’évoque encore aujourd’hui. Et le groupe de musique folk normand Les Varous le montre bien vivant dans le refrain de sa chanson trépidante intitulée De l’estran au marais : « Pendant longtemps j’ai marché / De l’estran jusqu’au marais / Et dans la brume du matin / J’étais suivi par les goubelins » (paroles de Sébastien Sanier).
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