Les crimes de Saint-Martin-le-Gaillard
Sur la colline, trois arbres et sept innocents
Sous la monarchie de Juillet, le pays de Caux s’émeut d’une série de crimes horribles frappant les demeures de vieux villageois. Puis, les langues des taiseux cauchois se délient, préambule d’une des plus fameuses affaires criminelles normandes du XIXe siècle dont le point d’orgue reste l’expiatoire colline d’Etocquigny…
L’église paroissiale de Saint-Martin-le-Gaillard. (© Jean-François Miniac)
L’émoi est palpable dans le pays de Caux dans cette matinée du 13 juin 1838. Ce mercredi-là, les Cauchois s’agglutinent, barrant les entrées des villages de Neuville, Graincourt, Saint-Martin-en-Campagne, Biville, Tocqueville, Criel et Touffreville-sur-Eu pour attendre le passage d’un sinistre convoi parti de Dieppe à 8 heures du matin et ayant traversé le Pollet. Dans cette charrette couverte d’une toile, précédée d’une calèche et escortée par un piquet de gendarmes à cheval, quatre hommes ont pris place : les frères Toussaint Fournier, journalier et boucher de 36 ans, et François Fournier, un boucher de 34 ans demeurant à Sept-Meules, leur père Augustin Fournier, un berger et charcutier de 59 ans établi au hameau de Wanchy en pays de Bray, ainsi que Napoléon Gaudry dit Pollon, journalier de 28 ans et beau-frère de Toussaint. Chapeauté, cravaté et en guêtres, Augustin reste agité, Toussaint impassible et Napoléon atterré. Tous ont leurs membres engourdis par une posture imposée dans ce long trajet. C’est hier, à 23h30, après s’être habillés de pied en cap avec sang-froid, qu’ils ont quitté Rouen, fendant la foule excitée dans la cour du gothique et ancien échiquier de Normandie, accompagnés d’un peloton de gendarmes.
À midi, au bout d’une vingtaine de kilomètres vers l’Est, le convoi empruntant la route de Criel atteint les paisibles pâturages de Saint-Martin-le-Gaillard, un lilliputien village de l’arrondissement de Dieppe, sa destination. Le village des Gaudry où Toussaint est établi. Napoléon y a ses parents et Justine, épousée voici huit ans. À la vue du convoi, une clameur générale retentit. Le terme d’une psychose populaire. Sur la colline d’Etocquigny dominant le clocher paroissial en fer à hache, une foule bruyante venue de tout le département de Seine inférieure et de la Somme patiente dans une ambiance festive, autour de marchands ambulants dont certains proposent des miniatures de guillotine. Arrivés dimanche au palais de justice de Rouen, de fatidiques bois de Justice les attendent sur le versant du coteau. Les quatre passagers sont ferrés, ce sont des condamnés à mort.
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