Les Andelys : la tour Paugé
Dernier vestige des fortifications du Petit-Andely
Dernier témoin des fortifications du Petit-Andely, la tour Paugé, élevée au XIIe siècle sous Richard Cœur de Lion, se dresse encore au pied du château Gaillard. Fragilisée par le temps, menacée d’effondrement, elle rappelle que le patrimoine le plus discret est parfois aussi le plus vulnérable — et le plus urgent à préserver.
La tour Paugé, construite au XIIe siècle sous Richard Cœur de Lion, dernier vestige des fortifications du Petit-Andely. (© Alexandre Vernon)
Au Petit-Andelys, au-dessus de la Seine et faisant bloc avec la blanche falaise, le château Gaillard domine le paysage de sa masse colossale. Ses pierres forment un ensemble compact bien que ruiniforme, indestructible, tel que l’a voulu Richard Cœur de Lion, duc de Normandie, roi d’Angleterre, et ses murs déchiquetés et ses tours étêtées, implorantes, forcent le respect, même la crainte, dans ce site étrange, d’un autre âge. « Quel château gaillard ! » se serait-il écrié en admirant son œuvre, modèle inégalé de l’architecture militaire au Moyen Âge, achevée en 1198 en un temps record. Ce nom lui est resté, de même sa réputation d’inviolabilité.
En empruntant pédestrement la petite côte derrière l’Office de Tourisme pour atteindre le château, on n’est pas sans remarquer une vieille tour branlante, quasiment en ruine, sur le bord du chemin. Il est très probable, bien que très remaniée en cours des siècles, que cette tour aux assises du XIIe siècle ait fait partie de l’ensemble fortifié conçu par Richard, qu’elle ait servi peut-être de tour de guet, incluse alors dans un mur de fortification, celui-ci étant encore visible aujourd’hui bien qu’envahi par la végétation, et qu’on attribue aussi à celui d’une ancienne prison. Car à l’époque, le château par lui-même avec son donjon n’était que la partie émergée d’un vaste système de défense avec murs d’enceinte successifs, tours, forteresse sur l’île, chaînes et pieux dans le fleuve, qui couvrait tout un réseau depuis la Seine jusqu’au sommet de la falaise.
Un projet de restauration pour la vieille tour
L’été dernier, cette tour menaçait de s’écrouler malgré des étais provisoires qui ont finalement cédé. De temps en temps des pierres se détachaient et roulaient sur le chemin. Les riverains de l’impasse Paugé s’inquiétaient étant donné le nombre important de promeneurs qui prennent cette route pour monter jusqu’au château. « La tour doit être restaurée d’urgence car elle fait partie du patrimoine andelysien. Sans parler du danger qu’elle représente pour les gens du passage » expliquait Jean-Pierre Fillette, secrétaire de l’Association de Défense de la vallée du Gambon.
Heureusement, des étais en bois tous neufs ont récemment été scellés pour soutenir les vieux murs de la tour qui ainsi renforcés ne sont pas prêts de tomber. Mais il est fâcheux que cela reste dans cet état misérable avec ces plaies béantes ouvertes à tous les vents. Que doivent penser les touristes de passage de ce site que la commune laisse à l’abandon ? « Il n’en est rien » nous a assuré M. Letourneur, adjoint au maire des Andelys chargé des affaires culturelles. Il n’est pas question d’abandonner cette tour. Dès l’année prochaine il sera procédé à sa complète restauration. Mais cette tour n’est malheureusement pas inscrite aux Monuments Historiques. De ce fait, c’est la commune qui en a la charge. Certes, il aurait été plus facile de la démolir, et surtout moins coûteux. Mais nous tenons à ce qu’elle subsiste. Il faut savoir garder son patrimoine.
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Cet article est paru dans Patrimoine Normand n°47. Retrouvez-le dans le numéro complet, disponible en version papier ou numérique.
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