Patrimoine Normand

Cabourg : le mythe de Balbec

(suite et fin)

Suite et fin du dossier consacré à Marcel Proust et Cabourg (voir l’article précédent). La vie sociale de Marcel Proust à Cabourg eût été réduite sans moyen de locomotion. C’est son ami Jacques Bizet, propriétaire d’une compagnie de taxis, qui lui fournit automobile et chauffeur. Alfred Agostinelli n’a que 19 ans. Le malade est aussitôt séduit par ce jeune homme à l’allure sportive ! « Mon mécanicien, livre-t-il dans un article du Figaro, avait revêtu une vaste mante de caoutchouc et coiffé une sorte de capuche qui, enserrant la plénitude de son jeune visage imberbe, le faisait ressembler, tandis que nous nous enfoncions de plus en plus vite dans la nuit, à quelque pèlerin ou plutôt à quelque nonne de la vitesse. »

Hall d’entrée du Grand-Hôtel de Cabourg. (Photo Thierry Georges Leoprévost © Patrimoine Normand.)

Hall d’entrée du Grand-Hôtel de Cabourg. (Photo Thierry Georges Leoprévost © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 11 mai 2026 à 09:14 Par
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Par la plus étonnamment réussie des transpositions littéraires, cette nonne de la vitesse, donnera ses traits moraux à son héroïne Albertine Simonet, dont les inconstances saphiques tourmenteront le narrateur jusqu’à la fatale chute de cheval du premier chapitre d’Albertine disparue. Agostinelli, lui, mourra d’un accident d’aéroplane au large d’Antibes, le 30 mai 1914, aux commandes de l’appareil que Proust lui avait acheté. Fait troublant, le pilote s’était inscrit sous le pseudonyme de Marcel Swann, mêlant en un ultime hommage à son bienfaiteur la réalité de son prénom à la fiction d’un personnage de son roman. Incontestablement, Albertine est née à Cabourg.

Pour l’heure, en 1907, Proust ressent un bonheur auquel il n’est guère accoutumé. Mieux encore, il prend le risque de l’écrire à son amie Hélène de Chimay, sœur d’Anna de Noailles et belle-sœur de la Comtesse Greffulhe.

Portrait de Marcel Proust, 1892. Par Jacques-Émile Blanche (1861-1942). Huile sur toile H. 73,5 ; L. 60,5 cm.

Portrait de Marcel Proust, 1892. Par Jacques-Émile Blanche (1861-1942). Huile sur toile H. 73,5 ; L. 60,5 cm. (© RMN-Grand Palais / Musée d’Orsay / Hervé Lewandowski)

« Depuis que je suis ici je peux me lever et sortir tous les jours ce qui ne m’était pas arrivé depuis six ans. Et j’ai si peur que l’enchantement ne cesse si je me déplace, que je retarde chaque jour le départ pour la Bretagne pensant que maman n’aurait pas voulu me voir bouger d’un endroit où je vis, relativement, d’une façon supportable… La société de l’hôtel est atroce, le directeur des Galeries Lafayette et un ancien croupier en sont les deux personnalités les plus élégantes. »

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