Patrimoine Normand

Affaires de possession et de sorcellerie à Louviers

En l’an 1643, une vilaine histoire secoue violemment les esprits chrétiens de la bonne ville de Louviers. La jeune Magdelaine Bavent, religieuse au couvent des Hospitalières de Saint-Louis et Sainte-Elisabeth est prise de convulsions, de manière régulière et répétée, et se retrouve rapidement accusée de sorcellerie. Les autorités religieuses s’emparent des événements qui se retrouvent au centre des fantasmes et superstitions les plus vivaces, en écho à une affaire similaire en faits, celle des diables de Loudun.

Photo d'une gargouille de l'église de Louviers.

Gargouille de l’église de Louviers. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 15 mai 2026 à 14:42 Par
Partager :

Quelques années plus tôt, au nord de Poitiers, le bourg de Loudun est le cadre d’un fait divers qui prend une ampleur considérable, au point de toucher le pays entier. C’est d’ailleurs cette notoriété tristement acquise qui lui confère désormais une autorité en matière de possession diabolique. Les événements, qui débutent en 1632, touchent un couvent d’Ursulines qui sont prises d’hallucinations les unes après les autres. Première concernée, la prieure prétend assister aux souffrances des âmes arrivées au purgatoire. Puis, accompagnée des autres sœurs, son délire devient collectif, se concrétisant par des cris, des convulsions et diverses formes d’obscénités, jusqu’au jour où elle accuse le curé Urbain Grandier « d’avoir envoyé des diables dans son couvent ». L’affaire connaît un retentissement dans tout le royaume et pour cause : Richelieu a une mauvaise opinion de Grandier, esprit libre et insolent qui affiche clairement ses opinions, et autant de Loudun qui se trouve être un vif foyer protestant. En outre, une de ses parentes y est religieuse. Le cardinal a donc de très bonnes raisons de se mêler de l’affaire et de la mener vers l’issue qu’il a décidée, le plus rapidement possible. Urbain Grandier est persécuté et devient le jouet d’une justice arrangée qui finit par l’exécuter, bien qu’il n’ait rien avoué.

Avant l’affaire de Loudun, il y a en eu plusieurs du même type, en tous points similaires, dont la plus célèbre reste celle d’Aix qui envoya au bûcher, en 1611, Louis Gaufridy, accusé par la jeune Magdelaine La Palud d’ensorcellement. Mais « la nouveauté de l’affaire de Loudun tient au débat qu’elle a provoqué. L’information circula avec une grande rapidité par le truchement de livres, de chroniques, de libelles, dans lesquels partisans et adversaires développaient leurs thèses. En ce sens, elle contribua à éveiller l’opinion publique sur le problème de sorcellerie », explique Jean-Michel Sallmann. C’est ce qui se vérifie, en effet, à Louviers, dix ans plus tard.

Les tourments des âmes au Purgatoire, première vision de la prieure du couvent de Louviers. Détail du folio 7 du Missel dit de sainte Eulalie : Le Jugement Dernier.

Les tourments des âmes au Purgatoire, première vision de la prieure du couvent de Louviers. Détail du folio 7 du Missel dit de sainte Eulalie : Le Jugement Dernier. (Barcelone, Archives de la cathédrale)

Le grand public se passionne pour cette nouvelle histoire. Polémiques et débats se multiplient autour des événements qui donnent même lieu à une enquête de la part du médecin d’Anne d’Autriche, Pierre Yvelin. Il est difficile aujourd’hui de connaître avec exactitude le nombre d’écrits qui a circulé sur cette affaire mais, grâce aux travaux de Roger Dubos, de l’Académie normande et des Écrivains normands, plusieurs documents sont à notre disposition et invitent à mieux cerner cette malheureuse histoire qui a beaucoup fait parler d’elle, au milieu du XVIIe siècle.

Il vous reste 85 % de l’article à lire.

Accédez à l’article complet et plus encore

Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°38 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.

Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.

NOS DERNIÈRES PARUTIONS