Château-Gaillard en péril ?
Après la controverse autour du château de Falaise, les travaux engagés à Château-Gaillard provoquent une nouvelle vague d’indignation. Belvédères en béton, structures métalliques et passerelles contemporaines suscitent l’inquiétude des défenseurs du patrimoine, qui dénoncent une dénaturation progressive du célèbre château de Richard Cœur de Lion.
Les aménagements contemporains réalisés sur le site de Château-Gaillard suscitent l’inquiétude de plusieurs associations de défense du patrimoine, qui dénoncent l’usage du béton et de structures métalliques dans l’environnement immédiat de la forteresse médiévale. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand)
La « restauration » du château de Falaise avait soulevé une vague d’indignation, jusque dans plusieurs pays étrangers. Nous avions évoqué le dossier dans le n° 13 de Patrimoine Normand. Alors que des solutions simples existaient — bois et pans de bois — l’architecte avait cru bon de se singulariser en imposant le béton, l’acier et le téflon, dénaturant gravement un monument majeur.
Le même architecte s’est vu confier le dossier de Château-Gaillard. Après l’émotion suscitée par le précédent chantier, quelle idée le Conservateur régional — qui valide un tel projet — se fait-il de l’opinion publique ? Faudra-t-il regretter, face à ce manque flagrant de concertation, que la « clameur de Haro » (voir encadré) n’existe plus ?
Un projet de mise en valeur de Château-Gaillard est actuellement en cours. Après les « péripéties du silo »1, les travaux ont enfin débuté sur le site avec l’édification d’un belvédère en béton, surmonté d’une table d’orientation d’environ cinq mètres de diamètre et entouré d’une structure métallique. Celui-ci impose désormais sa masse dans la perspective du château. Un second belvédère du même type est en cours d’aménagement sur le versant sud.
Sont également prévus : l’installation d’une passerelle métallique permettant l’accès au donjon, en remplacement d’une ancienne passerelle en bois qui avait pourtant résisté durant plusieurs décennies, ainsi que deux autres passerelles dans l’ouvrage avancé. Des cheminements en ciment figurent également au programme. Et ensuite ?
Un bois correctement traité peut traverser les siècles ; les nombreuses maisons normandes du XVe siècle encore debout aujourd’hui en témoignent largement. Alors pourquoi, une fois encore, privilégier le béton et l’acier ?
Face à cette situation, l’association Les Amis des Sites Andelysiens vient d’être créée. Son président, G. Camille, déclare :
« Le site de Château-Gaillard est en train d’être massacré par le béton et les poutrelles. Nous voulons savoir ce que contient réellement le reste du programme et ouvrir une véritable réflexion. La transparence doit être de mise, tout comme la discussion. Nous envisageons déjà le lancement d’une pétition. Château-Gaillard n’appartient pas seulement aux Andelysiens. On ne peut accepter sans réagir de voir le site accueillir des passerelles dignes d’un aéroport. Que dire également du belvédère en béton et en ferraille qui défigure le paysage ? »
Le belvédère en béton et sa structure métallique, installés dans la perspective de Château-Gaillard, ont suscité de vives critiques de la part des défenseurs du patrimoine. (Photo Georges Bernage © Patrimoine Normand)
La clameur de Haro
« Le Haro, ou clameur de Haro, qui est particulière à la Normandie, et dont l’usage y est fréquent, est une voie de droit ou clameur publique, pour faire comparaître à l’instant même la personne sur laquelle le haro est interjeté, devant un juge, sans aucune ordonnance, ni permission, ni mandement de justice.
Les Normands se servent de ce terme “Haro”, qui se dit par corruption de “Rollo”, “Rou” ou “Raoul”, premier duc de Normandie, auquel ils avaient coutume de se plaindre hautement quand on les voulait opprimer.
Dès que le Haro a été interjeté, le défendeur doit cesser immédiatement son entreprise et suivre sur-le-champ le demandeur devant le juge compétent.
La Clameur de Haro peut être formée par toutes sortes de personnes et contre toutes sortes de personnes, de l’un et l’autre sexe, laïques ou ecclésiastiques. »
Extrait de la Coutume de Normandie, édition de 1743.
Cette « clameur de Haro » constitue l’un des aspects les plus originaux de l’ancienne coutume normande. Héritée d’un esprit juridique profondément marqué par les traditions scandinaves, elle témoignait d’une volonté de protéger immédiatement les libertés individuelles et les droits des personnes face à toute injustice ou abus de pouvoir.
Adresse de l’association :
Les Amis des Sites Andelysiens
Maison des Associations
Rue Monica-Delarue
27700 Les Andelys
Tél. : 02 32 54 61 28
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Cet article est paru dans Patrimoine Normand n°32. Retrouvez-le dans le numéro complet, disponible en version papier ou numérique.
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Notes
- Un ancien silo des bords de Seine, dont la transformation en musée avait été envisagée, devait initialement être démoli à la demande du ministère des Affaires culturelles, retardant ainsi le lancement du projet.