Le bois des Moutiers à Varengeville :
une minutieuse composition
Au cœur d’une valleuse du pays de Caux, le Bois des Moutiers offre un paysage unique où architecture, botanique et poésie se rejoignent. Imaginé à la fin du XIXe siècle par Guillaume Mallet avec les talents d’Edwin Lutyens et Gertrude Jekyll, ce site exceptionnel témoigne d’un dialogue rare entre nature sauvage et art des jardins.
Le bois des Moutiers à Varengeville : une minutieuse composition. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand)
Dans le pays de Caux, une valleuse désigne une petite vallée creusée dans la craie de la falaise. Jadis nommée localement avaleuse, parce qu’elle descendait vivement vers l’aval, elle est une des caractéristiques de la Côte d’Albâtre. À une dizaine de kilomètres de Miromesnil, la valleuse de Varengeville a dû connaître les courses échevelées du petit Guy de Maupassant, bien avant que l’auteur de Pierre et Jean ne lui préfère le séjour d’Étretat. Aujourd’hui, le fils spirituel de Flaubert aurait bien du mal à s’y reconnaître. Lui qui l’a vue rase et nue, crevasse à fleur de roche, moitié d’entonnoir à ciel ouvert se déversant dans la mer, il la retrouverait boisée, luxuriante, peinture vivante d’un vert intense. Cette métamorphose a commencé cinq ans après la mort du grand écrivain cauchois, par la volonté d’un seul homme.
Une position privilégiée
Cet homme, c’est Guillaume Mallet, un ancien officier de cavalerie né en 1860 d’une famille de banquiers protestants. Bien avant eux, au XIe siècle, son illustre homonyme et aïeul Guillaume Malet, seigneur de Graville, combattait à Hastings avec Guillaume de Normandie. Après la victoire, celui-ci lui ordonnait d’enterrer discrètement l’usurpateur Harold sous un cairn de pierres, tout en haut de la falaise calcaire du Sussex. Est-ce un obscur atavisme qui pousse son descendant vers Varengeville, qui le fait revenir en ce pays de Caux où ses ancêtres ont vécu ? Peut-être, mais ce n’est pas la seule raison : pendant la guerre de 1870 et la Commune, ses parents se sont réfugiés sur l’île de Wight, où le jeune Guillaume passe la fin de son enfance. En 1895, son voyage de noces le mène en Italie et en Égypte, et c’est la découverte d’un autre monde, d’une autre végétation qui lui laissera une empreinte indélébile.
Antoine Bouchayer-Mallet veille désormais sur le domaine de son aïeul. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand)
Quand, à 35 ans passés, cet esprit ouvert aux courants artistiques de son siècle décide de réaliser une maison et des jardins qui lui rappellent l’Angleterre, c’est là que son cœur l’envoie, à proximité de Dieppe, juste en face des falaises britanniques qui ressemblent tant à celles de la Normandie orientale. Le site de 12 hectares est pelé, vierge, plus inhospitalier que l’arrière-pays qu’on croirait désert si ne s’y élevaient çà et là d’imposants clos-masures, forteresses-oasis du plateau cauchois. Sur les flancs pentus de la valleuse, des vaches broutent l’herbe rase comme sur une toile de Boudin, face aux rudes embruns du Chenal qui unit le vieux duché à son royaume d’Angleterre.
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