Nom de Noms !
Journal de bord en Normandie – Michel de Decker
Les rideaux de son alcôve étaient en elbeuf. Dans un vase poussait une vernonie et une guizotie. Quand elle ne consultait pas le bottin, elle déclamait des alexandrins ou alors, un conté en main, elle dessinait en buvant un grog à la lueur d’une lampe pigeon. « C’est cornélien, soupira-t-elle, je souffre sans doute de bovarysme. À moins que je ne sois gogo ! » Comment certains noms propres normands sont devenus des noms communs…
La Terre « Adélie » est une région de l’Antarctique découverte en 1840 par le normand Jules-Sébastien Dumont d’Urville. (DAO Patrimoine Normand)
ADELIE :
À dix-sept ans, Jules-Sébastien Dumont d’Urville, qui a vu le jour le 23 mai de 1790 à Condé-sur-Noireau, est admis dans la marine royale au grade d’aspirant de première classe. Il fait ses premières armes à Brest sur des vaisseaux portant les jolis noms de l’Aquilon ou l’Amazone, avant de voguer vers Toulon pour y parfaire une formation qui le portera au grade d’enseigne de vaisseau. C’est à Toulon qu’il va perdre le nord ! Et ce devant la vitrine d’un horloger qui était garnie de merveilleuses boussoles. Parce qu’une vendeuse – la fille de la maison – est alors venue vers lui pour lui dire : « Nous avons les plus beaux astrolabes du monde ! Voulez-vous que je vous les montre ? » Or, la vendeuse en question était belle comme une déesse grecque. Tant et si bien que, le 1er mai de l’an 1815, Jules-Sébastien Dumont d’Urville de Condé-sur-Noireau épousera Adélie Pépin, la fille de l’horloger de Toulon qui possédait de merveilleux instruments de navigation. Quelques années plus tard, en janvier de 1840 précisément, après avoir habilement slalomé pendant des semaines entre les icebergs de l’Antarctique, brisé des banquises, essuyé d’effroyables tempêtes de neige, trouvé, au matin, ses voiles en lambeaux et ses cordages éclatés par le gel, le marin de Condé découvrit une terre inconnue, sise au sud de la Tasmanie, un énorme rocher inhospitalier auquel il donna sans hésiter le prénom de sa chère épouse : Adélie. Sur son journal de bord daté du jour où il arpenta ce gros caillou glacé – la Terre Adélie qui appartient toujours à la France, aujourd’hui –, on peut lire : « Mes doigts ne sont plus que des plaies sanguinolentes… ». Il n’empêche qu’avec ou sans engelures, Dumont d’Urville du Calvados venait de débarquer là où la main de l’homme n’avait jamais mis le pied !
ALEXANDRIN :
Parce qu’il a écrit 20 000 vers de douze syllabes pour venir à bout de son Roman d’Alexandre le Grand (le roi de Macédonie), le trouvère Alexandre natif de Bernay dans la seconde moitié du XIIe siècle, a laissé son nom au fameux dodécasyllabe (vers de douze pieds) qui va connaître le succès que l’on sait dans la tragédie classique ou dans l’art du sonnet.
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