PATRIMOINE NORMAND

La Compagnie Générale Transatlantique

à la conquête des Océans (1855-1927)

C’est à Granville que débute, en 1855, la fabuleuse odyssée de la légendaire « French line », lorsque la Compagnie Générale Maritime, fraîchement créée pour l’occasion, rachète la flotte de la Terre-Neuvienne, une société locale détenue par MM. Le Campion et Théroulde. Comme son nom l’indique, elle est spécialisée dans l’affrètement de navires pour la grande pêche, au large de l’île de Terre-Neuve.

Le paquebot l'Île de France à New-York. Peut-être le plus attachant de tous les paquebots français : héros de guerre, saint-bernard des mers.

Le paquebot l’Île de France à New-York. Peut-être le plus attachant de tous les paquebots français : héros de guerre, saint-bernard des mers. (© French Line)

Mis à jour le 14 décembre 2025 à 21:47 Par
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Derrière cette transaction se cache la Société générale de Crédit mobilier, un établissement financier hautement spéculatif appartenant majoritairement à deux hommes d’affaires bordelais, les frères Pereire. Tous deux frottés de saint-simonisme, Émile Pereire (1800-1875) et Isaac Pereire (1806-1880) se sont fait connaître en travaillant comme rédacteurs pour des journaux tels que Le Globe, Le National ou Le Temps. À compter des années 1830, à l’aube de la Révolution industrielle, ils s’intéressent beaucoup aux progrès technologiques. On les trouve par exemple engagés dans des projets d’éclairage public ou de chauffage par le gaz, mais aussi – et surtout – dans des entreprises dédiées aux transports. Ils contribuent notamment au développement de la ligne de Paris à Saint-Germain-en-Laye (embryon de Paris-Rouen-Le Havre), administrent celle de Paris à Lyon et obtiennent la concession des chemins de fer du Midi. Le transport maritime constitue à leurs yeux un prolongement naturel du rail. Rien, pas même un océan, n’arrêtera leur marche en avant. À plus d’un titre, les frères Pereire peuvent être considérés comme des visionnaires, des artisans du développement industriel naissant.

À vapeur et à voile

Les statuts de la jeune Compagnie Générale Maritime, présidée par le baron-financier Adolphe d’Eichtal, laissent la porte ouverte à « toutes opérations de construction, d’armement et d’affrètement ». En d’autres termes, à cœur vaillant, rien d’impossible. Et lorsque, en 1860 et 1861, le gouvernement impérial ouvre les concessions de plusieurs liaisons postales intercontinentales régulières, la C.G.M. obtient pour vingt ans l’exploitation des lignes Le Havre-New-York et Saint-Nazaire-Panama, avec des dessertes vers les Antilles, le Mexique et la Guyane. En contrepartie de subventions conséquentes, ses dirigeants s’engagent à mettre en service une flotte de nouveaux paquebots, dont cinq devront être construits en France.

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