Les châteaux forts au temps de Guillaume le Conquérant
Aux alentours de l’an mille, les immenses principautés territoriales composant le Regnum Francorum, le Royaume des Francs, se couvrent d’une myriade de forteresses. La propagation de ces constructions, souvent assez sommaires, pour la plupart réalisées en terre et en bois par des potentats locaux en mal d’autonomie, témoigne d’un effondrement progressif de l’autorité royale d’abord, de celle des plus grands seigneurs féodaux ensuite. Dans ce contexte généralisé d’émiettement des pouvoirs centraux, la Normandie apparaît comme une exception. Les premiers ducs parviennent en effet à y maintenir leur prééminence et à contenir la multiplication de ce qu’Orderic Vital, historien anglo-normand, qualifiera au XIIe siècle d’adulterina castella, de châteaux adultérins, c’est-à-dire de forteresses édifiées illégalement, sans aucune autorisation préalable. Mais gare aux secousses au moindre signe de fléchissement ! Dans les premières années de son principat, le jeune Guillaume le Bâtard va l’apprendre à ses dépens…
Château de Falaise. Fort par définition… (© Jacques Basile)
De Falaise à Londres
À la charnière des Xe et XIe siècles, la Normandie est un État féodal puissant et structuré, sur lequel les ducs règnent en maîtres incontestés. Il y existe déjà bien de multiples forteresses, confiées à la garde de personnages que l’on espère de confiance, mais elles demeurent sous le contrôle étroit de l’autorité centrale. Tout change en 1035, avec l’accession au pouvoir d’un enfant de huit ans.
Le mot français château provient du latin castellum, diminutif de castrum. Dans la langue classique, ces deux termes décrivaient des réalités bien distinctes. Castrum était plutôt accolé à une localité fortifiée. Sous sa forme au pluriel, castra, il désignait ces grands camps accompagnant les conquêtes des légions romaines. Un castellum était littéralement un petit castrum, c’est-à-dire une forteresse réduite, un simple poste défensif. Dans les textes en latin médiéval des Xe et XIe siècles en revanche, les deux mots tendent à s’appliquer indistinctement à un même type d’édifices, ce que nous appelons communément les châteaux forts. Encore convient-il d’émettre quelques réserves sur l’emploi de ce nom, puisqu’il s’agit d’un double pléonasme dont l’usage s’est généralisé au XIXe siècle : le château du Moyen Âge est fort par étymologie et par essence. Et si certaines œuvres anciennes évoquent régulièrement de « fors chastiaux », c’est simplement pour souligner le fait que ces établissements possèdent un système défensif particulièrement impressionnant, représentatif de la puissance de leurs propriétaires.
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