Arlette de Falaise
La jeune fille de la fontaine
À Falaise, le val d’Ante fait inévitablement songer au « trou de verdure » immortalisé par Arthur Rimbaud. Ici, à l’ombre de la vieille forteresse et des à-pics vertigineux du Mont Myrrha, s’écrivirent il y a près de mille ans les premières pages de la légende dorée de Guillaume le Conquérant.
Falaise. Bas-relief immortalisant la célèbre rencontre entre Arlette et Robert le Magnifique, par le sculpteur A. Lerond. (© Stéphane William Gondoin)
Le texte le plus ancien relatant la rencontre entre le duc de Normandie Robert le Libéral (1027-1035) et la mère de Guillaume, remonte au premier tiers du XIIe siècle. Sous la plume du moine anglais Guillaume de Malmesbury, le prince remarque une jeune fille pendant qu’elle danse. Son exceptionnelle beauté l’envoûte immédiatement et « rongé par le désir, il s’arrange pour la rencontrer. » La légende s’enrichit considérablement entre 1160 et 1170 dans le Roman de Rou, œuvre du poète jersiais Wace. Mais il nous faut attendre les années 1170 et l’Histoire des ducs de Normandie de Benoît de Sainte-Maure, pour qu’elle prenne la forme aboutie que nous lui connaissons de nos jours.
Il était une fois…
Faucon au poing, Robert le Libéral revient à Falaise après une partie de chasse dans les forêts des alentours. En passant par le val d’Ante, il aperçoit un groupe de demoiselles lavant du linge dans l’eau claire de la rivière. Parmi elles, une nymphe resplendissante lui apparaît « sage et aimable et vertueuse et belle, blonde, avec beau front et beaux yeux ». La foudre traverse immédiatement son cerveau et lorsqu’il a regagné sa forteresse, il n’a plus qu’une seule idée en tête : obtenir un rendez-vous galant avec celle que Benoit appelle « Alrez » et Wace « Arlot » (moderne Arlette). Le soir même, il dépêche son chambellan auprès des parents, simples mais honnêtes bourgeois de Falaise. Le père a un sens poussé de l’honneur : duc de Normandie ou pas, il est hors de question de céder sa fille sans la promesse d’un mariage en bonne et due forme. Mais comment lui, modeste artisan, pourrait-il résister à la volonté d’un aussi puissant personnage ? On lui fait miroiter mille et un avantages, comme la perspective d’une belle promotion sociale… Arlette n’est par ailleurs nullement insensible à la perspective de partager le lit ducal. Bref, on pèse le pour et le contre, on marchande et on finit par s’accorder. Comme la nuit tombe, l’officier ducal propose d’emmener en toute discrétion Arlette au château. Il souhaite ainsi lui épargner les commérages malveillants du voisinage. Elle refuse tout net : « Je n’ai nullement l’envie, quand le duc me mande à lui, qu’il requiert et exige ma présence, d’y aller comme une fille à soldats ou comme une pauvre chambrière. » Et qu’on lui ouvre la porte principale du château, parbleu !
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