PATRIMOINE NORMAND

Abbaye de La Lucerne

La miraculée

C’est l’histoire d’un monument exceptionnel qui a bien failli disparaître. Longtemps abandonnée et en ruines, l’abbaye de La Lucerne a rencontré son sauveur en la personne de l’abbé Marcel Lelégard, qui y a lancé l’un des chantiers de restauration les plus ambitieux de Normandie. Une aventure au long cours, qui se poursuit encore de nos jours.

L’abbaye ne trouve son site d’implantation définitif qu’en 1161, au lieu-dit La Lucerne, dans un véritable écrin de verdure. (© Y. Leroux)

L’abbaye ne trouve son site d’implantation définitif qu’en 1161, au lieu-dit La Lucerne, dans un véritable écrin de verdure. (© Y. Leroux)

Mis à jour le 8 novembre 2025 à 11:03 Par
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L’extrême fin du XIe siècle et la première moitié du XIIe siècle voient la naissance et le développement fulgurant d’ordres religieux, souvent en réaction aux désordres constatés dans les différents établissements conventuels et les institutions canoniales, comme les chapitres cathédraux. Ainsi apparaissent des ordres monastiques tels que les cisterciens ou les tironiens, désireux de revenir à la règle bénédictine, ou des ordres canoniaux, à l’image des prémontrés qui appliquent la règle de saint Augustin.

Naissance d’une abbaye

Tout commence en 1115, en terre du Saint-Empire romain germanique, quand Norbert de Xanten, le chapelain de l’empereur Henri v, quitte ses fonctions à la cour en quête d’une vie spirituelle plus intense. Après avoir vainement tenté de réformer le confort douillet dont jouissent les chanoines, il mène une existence errante, professant humilité et pauvreté au gré de ses déambulations, ce qui lui vaut nombre de déboires avec les prêtres et évêques qu’il croise. En 1118, il se met à la disposition du pape Gélase II, qui lui confie officiellement la mission d’aller prêcher là où il le souhaite. En 1120, avec quelques compagnons, Norbert de Xanten se fixe au cœur de la forêt de Saint-Gobain (département de l’Aisne), au lieu-dit Prémontré, y fondant l’abbaye éponyme. Selon Bernard Hours, dans Histoire des ordres religieux (PUF, Que sais-je ?), les chanoines « délestés des tâches matérielles par des frères convers (travaux des champs) et des religieuses (cuisine, filature, couture), s’adonnaient à la prédication et à la cura animarum (charge des âmes) dans le cadre paroissial ».

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