Marcel Duchamp
Marcel Duchamp (1887-1968). (© Guillaume Néel)
Prenez un urinoir et collez-lui la tête en bas, griffonnez dessus un nom d’emprunt, vous n’en ferez pas une œuvre d’art. Ce Marcel-là, en revanche, né dans la commune seinomarine de Blainville-Crevon, en a présenté un à une exposition d’art moderne se tenant à New York en 1917, en le rebaptisant Fontaine. Qui dira « je ne boirai jamais de ton eau » ? Signée du pseudonyme Richard Mutt, l’œuvre en question fait polémique outre-Atlantique, où elle est qualifiée de « pièce commerciale ressortissant de l’art du plombier ». Recalé le Richard, mais lorsque l’on apprend qu’il s’appelle en réalité Marcel (tout le monde a bien compris ?), et qu’il est déjà considéré comme un artiste reconnu, le ton change. Las ! Fontaine a disparu, sans doute jetée dans une quelconque décharge du Bronx. Duchamp en réalisera des copies dans les années 1950, toujours estampillées R. Mutt. Il est en fait un pionnier d’un courant baptisé ready-made (désolé pour les grands défenseurs de la langue de Molière), qui consiste à prendre un objet du quotidien pour le détourner de son usage originel. Certains compressent, d’autres gonflent des homards en baudruche dignes de figurer dans les rayons d’un bazar de Granville, d’autres scotchent des bananes à un mur ou retournent des urinoirs… Ainsi va l’art de nos jours…
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Cet article est paru dans Patrimoine Normand n°132. Retrouvez-le dans le numéro complet, disponible en version papier ou numérique.
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