Le siège du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte
Au pied du donjon médiéval, il scrute les murailles à la recherche d’impacts, lève la tête vers la curieuse maison qui coiffe l’édifice, se tourne alternativement vers le mont de Rauville et la colline de l’abbaye, prend des notes et poursuit son chemin de ronde autour de la forteresse. Pete Burckholder est un chercheur américain. Il est venu en Normandie pour y effectuer une étude historique sur le siège du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte en 1375, le premier grand siège d’artillerie depuis l’invention des bouches à feu.
Château de Saint-Sauveur-le-Vicomte, une forteresse imprenable. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Nous sommes au cœur de la guerre de Cent Ans, Saint-Sauveur est au cœur du Cotentin et son seigneur a été au cœur du conflit entre les rois de France et d’Angleterre. À 15 km de la côte ouest, une vingtaine de la côte est comme de Carentan, Saint-Sauveur-le-Vicomte occupe indubitablement une position centrale dans la presqu’île. Si Carentan en est la porte, il en est le verrou, la place qui commande l’accès au Cotentin et qui y contrôle les allées et venues, une place forte dans tous les sens du terme. Elle n’est pas non plus isolée du monde. Via les marais de Carentan, la rivière d’Ouve1 est navigable jusqu’aux pieds des remparts, faisant de Saint-Sauveur un port très fréquenté, d’une aide appréciable en un temps où les chemins boueux sont impraticables une bonne partie de l’année, et la voie maritime le plus sûr moyen d’approvisionnement. Il fait figure de capitale du Cotentin.
Une identité normande
Pour bien en juger, il faut se mettre dans le contexte de l’époque. Depuis 1204 et son annexion par Philippe II, la Normandie fait partie du domaine royal de France. Si le duché quasi indépendant n’est plus, ses habitants n’en demeurent pas moins attachés à leurs coutumes et prérogatives. Les Normands entendent défendre leurs particularismes. On est au Moyen-Âge, le droit féodal règne en maître, bien plus qu’un roi de France lointain et absent. Ici comme ailleurs, mais sans doute un peu plus qu’ailleurs, les seigneurs se livrent volontiers à des guerres privées contre leurs voisins, dans le respect de règles coutumières qui font facilement de l’ennemi d’hier l’allié de demain, et réciproquement.
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