PATRIMOINE NORMAND

La pierre de Caen

Elle est à l’honneur dans tous les grands monuments caennais. On la trouve à la Tour de Londres comme à Tower Bridge, aux cathédrales de Cologne, de New-York et des Bermudes, au Palais Royal de Bruxelles, en Bretagne, un peu partout en Normandie, ailleurs encore… Elle ? La pierre de Caen, bien sûr ! Histoire d’une blonde de 160 millions d’années qui a conquis le monde entier.

Les magestueuses tours gothiques de l’Abbaye-aux-Hommes lancent un défi au ciel normand. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Les magestueuses tours gothiques de l’Abbaye-aux-Hommes lancent un défi au ciel normand. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 31 mars 2026 à 15:44 Par
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La chaîne de la haveuse s’attaque à la paroi rocheuse dressée comme une muraille de forteresse lisse et inviolable. Semblables à celles d’une tronçonneuse démesurée, ses dents de tungstène pénètrent la pierre dans un mouvement rotatif réglé au millimètre près. À nos pieds, la poussière s’amoncelle en un cône blanchâtre aux reflets roux qui croît à chaque seconde. Il flotte une odeur spécifique, ni âcre ni moisie, cette fragrance propre au calcaire où se mêlent celles de l’huile, de la graisse et des gaz brûlés du gazole.

Un bunker aux allures de crypte primitive

La carrière souterraine de Cintheaux a l’aspect d’un gigantesque bunker. C’est un inextricable labyrinthe de longues galeries rectilignes où se greffent des couloirs adventifs tracés au cordeau. On pourrait retracer l’histoire de ce réseau creusé au fil des siècles, dont chaque campagne d’extraction constitue un glorieux épisode de l’architecture normande. Ici et là, dans le plafond naturel, pénètrent de gros boulons qui traversent des plaques de fer serrées par des écrous pour garantir la stabilité du toit : l’assurance vie des carriers. On peut aussi préserver des parois entières sur quelques dizaines de centimètres d’épaisseur ou, comme à la Maladrerie de Caen, laisser en place au fur et à mesure de l’extraction des piliers de soutènement pour contenir la pression de la voûte. Quelque douze mètres au-dessus de nos têtes, striés par les machines agricoles, les champs de la plaine de Falaise étirent à l’infini leurs sillons ensoleillés, sans laisser soupçonner l’activité de taupes qui règne en sous-sol.

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