Vieux Gréements entre Granville et Chausey
Neuf heures du matin ; c’est marée haute. Quatre bateaux viennent de quitter le port de Granville, les mâts nus comme des arbres au cœur de l’hiver, dans l’agitation métallique de leurs moteurs. Soudain à bord tout s’anime : des feuillages de toile blanche ou colorée montent à l’assaut des troncs. Tandis qu’un vent léger s’y engouffre, les mécaniques se taisent. Quatre vieux gréements mettent silencieusement le cap sur les îles Chausey. L’escadre est en route, comme aux plus beaux jours de la marine à voile.
Vieux gréements au départ de Granville, sous un soleil matinal. Au premier plan, La Cancalaise, venue en voisine et amie ; derrière elle, Le Charles-Marie. (Photo Thierry Georges Leprévost © Patrimoine Normand)
Les Escadres, ce sont des sorties en mer organisées par la société d’Agon-Coutainville Esprit Grand Large. Y participent ce jour de printemps l’un de ses bateaux, le Charles-Marie, un voilier traditionnel mis à l’eau en 1968, mais aussi la bisquine La Granvillaise, construite en 1990, propriété de l’Association des Vieux Gréements Granvillais (AVGG), et son « double », La Cancalaise, qui l’a précédée de trois ans sur les eaux grises de la Manche. Enfin, Gilbert Hurel est aux commandes de son cotre Le Courrier des Isles. Nous aurons l’occasion de revenir dans de prochains numéros sur les caractéristiques de ces bateaux normands.
Sauvés par les croisières
Tous ont embarqué des passagers pour la journée. Qu’ils appartiennent à des particuliers ou à des associations, ces vieux gréements ont un point commun : ils ont besoin de naviguer pour exister et pour faire vivre leurs équipages. On ne conserve pas des bateaux comme des tableaux du XVIe ou des églises romanes. Ce ne sont pas leurs occupants d’un jour qui s’en plaindront, car le voyage est à la hauteur du patrimoine flottant à bord duquel ils ont pris place : magique et dépaysant.
L’escadre navigue de conserve au large de Granville qui s’éloigne. (Photo Thierry Georges Leprévost © Patrimoine Normand)
Pendant toute la matinée, ils vont naviguer de conserve, sans autre bruit autour d’eux que le glissement des coques qui fendent les vagues, le claquement des voiles, les cris des oiseaux de mer… et de temps à autre un chant qui parvient d’un gréement voisin ; chant de marins, cela va sans dire. Les plus aguerris aident à la manœuvre pour hisser une voile ou même tenir la barre. Les néophytes observent ou tentent de donner de timides coups de main. Le temps semble suspendu, plus rien ne compte que l’instant présent, l’air frais qui ravigote, le soleil qui caresse la peau. Peu ou prou, on retrouve un peu de l’attirance atavique des Vikings par le vent du large.
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