Patrimoine Normand

Bocage d’hiver, bocage vivant

Dernières feuilles recroquevillées par les gelées de la pleine lune, lambeaux de laine démaillotés des nids depenaillés… Le poète se lamente, la haie est morte sous les coups du vent, de la pluie et du froid. Mais est-il si sûr que la vie se soit retirée des buissons et des troncs ?

Bocage normand.

Bocage normand. (© Patrimoine Normand)

Mis à jour le 26 mai 2026 à 11:26 Par
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C’est d’abord en hiver que la haie justifie le plus sa réputation d’écran brise-vent, étonnante invention de nos aïeux paysans, créateurs des bocages de l’ouest de l’Europe. Filtre semi-perméable, la structure brouillonne de la haie freine les filets d’air sans les arrêter complètement, limitant ainsi les tourbillons réfrigérants que nous connaissons si bien dans nos rues venteuses. Et la faune sauvage ne s’y trompe pas : on peut habiter la haie en hiver, il suffit de savoir profiter des affaires d’arrière-saison quand tous ces snobs de migrateurs au long cours sont partis chasser sur les savanes africaines.

Les derniers fruits desséchés par le froid sont facilement accessibles : le bouvreuil mâchonne patiemment les mures rabrougries encore riches en pépins nourrissants, le verdier s’essaie au décorticage des fruits du frêne avant de s’attaquer plus sérieusement aux cynorrhodons de l’églantier, la mésange nonnette se fait acrobate pour atteindre les graines cachées des cônes du houblon.

Photo d'un bouvreuil mâle.

Bouvreuil mâle. (Photo A. Guillemont)

Et puis il y a les spécialistes de l’ouvre-boîte : la sittelle cherche à terre les noisettes encore faciles à repérer avant que ces obscurs vers de terre si nombreux dans l’humus du pied de haie n’aient fait un tel remue-ménage dans les feuilles mortes que même une noix de coco deviendrait difficile à découvrir ! (la sittelle me fait remarquer qu’elle n’a jamais eu la prétention de consommer un tel fruit exotique, bien que l’énergie avec laquelle elle frappe sur les noisettes coincées dans quelque fissure d’écorce lui ouvre bien des perspectives !)

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