La Tapisserie de Bayeux ira-t-elle à Londres ?
Mouvement de la Tapisserie dans son local technique actuel. (© Bayeux Museum)
Le musée qui expose la fameuse broderie a fermé ses portes au public pour plus de deux ans de travaux d’agrandissement et de rénovation. Ouvert en 1983, il a accueilli 17 millions de visiteurs, dont 360 000 de février à août 2025, avec des pics de fréquentation certains jours à plus de 3000 personnes. La raison de l’engouement est, bien sûr, à rechercher dans l’absence programmée de cette œuvre romane exceptionnelle, inscrite par l’UNESCO sur son registre international Mémoire du monde.
Dans notre numéro précédent, nous avions évoqué les voyages antérieurs de la Tapisserie, en 1803 d’abord, dans le cadre d’une exposition à Paris voulue par Napoléon Bonaparte, pendant la Seconde Guerre mondiale ensuite, avec en toile de fond la volonté d’Himmler de la transférer en Allemagne. Nous avions également rappelé l’évolution de ses conditions de conservation et de présentation depuis 1842.
Extraire l’œuvre
Le futur musée proposera de l’admirer dans son intégralité sur un support incliné à 60° qui permettra aussi de la placer horizontalement, voire même de la positionner sur son revers afin de procéder à des examens ou à des opérations de restauration sans avoir à la manipuler. Aux antipodes donc de l’actuel système de rail qui la maintient verticalement depuis quatre décennies en accentuant les contraintes sur les points faibles, déchirures, accrocs, pliures, et dont il faut l’extraire avec d’infinies précautions. Pour cela, un immense paravent pliable de 71 mètres de long a été conçu, et un essai réalisé en avril 2025, où toutes les hypothèses ont été testées en conditions réelles. Après cette phase critique, la Tapisserie sera un temps conservée à l’horizontale sur cette structure en accordéon.
Outre-Manche…
Reste le sujet qui fâche, celui de l’éventuel prêt au British Museum de Londres pour l’automne 2026. Nous n’entrerons pas dans une polémique qui a pris un tour passionnel, parfois irrationnel, sur fond d’anglophobie et de querelles politiques, nous bornant à énoncer quelques faits que nous avons pu recueillir. Des études scientifiques réalisées ont relevé de nombreuses altérations et déconseillé un déplacement au long cours, pointant du doigt des risques de dommages irréparables. Une pétition lancée sur Internet pour s’opposer au prêt a recueilli, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 71 585 signatures.
Les prêts d’œuvres d’art sont cependant courants entre grandes institutions, et des entreprises se sont spécialisées dans ce type de déplacement. Outre sa fragilité, ce qui pose surtout problème ici, ce sont les dimensions hors normes de l’objet. Il est prévu de lancer un appel d’offres auprès de sociétés compétentes, sur la base d’un cahier des charges strict. Rien à voir avec les voyages hasardeux de 1941 vers le dépôt de Sourches (Sarthe), ou de 1944 sous la garde des SS vers Paris… La salle envisagée pour l’exposition temporaire à Londres a par ailleurs été réalisée par l’agence d’architecture RSHP, celle-là même en charge de la refonte du musée de Bayeux ; de plus, des échanges ont d’ores et déjà eu lieu autour de la question du support. Enfin, les équipes du British Museum sont hautement qualifiées et travaillent de concert avec leurs homologues françaises. Alors, “to be or not to be”… in London ? “That is the question”…
Scène de la Tapisserie de Bayeux. La flotte normande voguant vers l’Angleterre. Prémonitoire ? (© Bayeux Museum)
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Cet article est paru dans Patrimoine Normand n°135. Retrouvez-le dans le numéro complet, disponible en version papier ou numérique.
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