Patrimoine Normand

Linguiste et écrivain : Fernand Lechanteur, artisan du renouveau normand

Linguiste, écrivain et passeur de mémoire, Fernand Lechanteur fut l’un des artisans majeurs du renouveau de la langue normande au XXe siècle. À travers son œuvre, son engagement et ses recherches, il contribua à redonner au normand sa dignité et à en structurer l’écriture.

Photo de Fernand Lechanteur

Fernand Lechanteur. (Coll. Thierry Georges Leprévost)

Mis à jour le 29 avril 2026 à 17:07 Par
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Quand l’auteur de ces lignes était élève au Lycée Malherbe, son chef d’établissement s’appelait Fernand Lechanteur. Pour nous, il n’était que le proviseur, le prothalle, ainsi que nous l’appelions en notre stupide argot de potache. Pour nous, qui avions quotidiennement affaire aux « sous-officiers » qu’étaient les surveillants généraux, ce « chef de corps » était aussi lointain que le sera mon colonel quelques années plus tard : on sait qu’il existe, mais on ne le voit qu’en de rares circonstances. Pour nous… Et pourtant, si nous avions su ! Si nous avions su que Fernand Lechanteur était l’un des plus grands hérauts de la langue et de la culture normandes, nous l’aurions sans doute regardé avec d’autres yeux. Il est vrai qu’à l’époque, nous savions à peine que la Normandie avait une culture. Quant à la langue, à force d’entendre railler le patois et d’en lire des textes ridicules et méprisants dans certains journaux, comment l’aurions-nous prise au sérieux ? Et puis, Fernand Lechanteur était tellement discret : à l’image de sa vie. Car son recueil de poèmes : Es set vents du Cotentin, ne paraîtra qu’en 1972, après sa mort prématurée, sous son nom de plume : Gires Ganne.

Une vieille souche normande

Jailli du Cotentin, du plastron fier et robuste de la proue du vaisseau normand (selon sa propre expression), Fernand Lechanteur est un fils de la mer et du vent, avec de solides amarres terriennes : « Dans le soir immense, le grincement lointain d’un tombereau cahotant dans une charrière prenait une importance soudaine. Une brebis perdue bêlait dans le marais. Un cri de mouettes ou de courlis trouait le calme, l’angélus apportait une onde de douceur de Régnéville. C’était alors une paix divine. L’orient s’obscurcissait lentement ; à l’occident le soleil épanchait sa rougeur sur la mer. On se sentait au-delà du temps et hors d’atteinte des difficultés de l’existence. Alors on remontait vers les lointaines maisons dont les fenêtres bientôt allaient s’allumer. Les nuages poussés par les vents de suroit montaient doucement au devant de la nuit. Le ciel, les sables et la mer se confondaient dans une in­croyable douceur pour l’enfant rêveur qui hâtait un peu le pas de ses pieds nus et qui ne savait que vaguement quels trésors de tendresse il amassait pour le reste de sa vie dans cette atmosphère où de subtils miracles, perceptibles pour lui seul, lui tissaient un féerique manteau, le manteau magique des souvenirs »1

Photo du monument de Fernand Lechanteur.

Sur la mielle de la pointe d’Agon, entre ciel et terre, le monument dédié à Fernand Lechanteur. (© Thierry Georges Leprévost)

Il naît le 20 juin 1910, d’un père jardinier et d’une mère fille de marins à Agon, canton de Saint-Malô de la Lande. Les cantons ont encore une existence tangible sous la IIIe République ! Dernier venu d’une famille de dix enfants, ce fils de l’école publique sera boursier au lycée de Coutances et licencié d’allemand à Lille, où il fera la connaissance de l’auteur de Parler populaire de la commune de Thaon, qui fut professeur dans le Calvados.

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Notes

  1. Parlers et traditions populaires de Normandie, 1971.
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