Voiliers normands – Sur la route du nickel
Là-bas, à l’autre bout du monde et en plein cœur du Pacifique Sud, la mer brille d’un bleu saphir, le lagon d’un vert émeraude avec des reflets d’or, et la terre est d’un rouge ardent. Voici la Nouvelle-Calédonie, pays de contrastes et d’émerveillements, vers lequel au XIXe et au début du XXe siècle cinglèrent de grands voiliers à la recherche de fabuleux gisements… de nickel.
Tableau du cinq mâts « France II ». (Coll. Patrimoine Normand)
C’est cette épopée extraordinaire à laquelle participèrent nombre de voiliers normands qu’a fait revivre l’été dernier l’exposition au Musée Maritime, Fluvial et Portuaire de Rouen intitulée : « Les voyages des voiliers normands en Nouvelle-Calédonie (1895-1922) ». Sous un faré traditionnel kanake, des photos, des documents, des maquettes et des cartes retraçaient la vie de ces équipages qui faisaient le tour du monde jusqu’à cette île lointaine pour rapporter le précieux minerai. Et au milieu de ces témoignages authentiques, on pouvait admirer en images tous ces fiers bateaux qui affrontaient sans peur cet éprouvant voyage, depuis le premier voilier, le « Président Félix Faure » de la Compagnie Corblet du Havre, jusqu’au prestigieux « France II », un cinq mâts considéré à l’époque comme le plus grand voilier du monde, de la Compagnie Prentout-Leblond de Rouen. Lancé le 9 novembre 1911 à Bordeaux, il coula sur les barrières de coraux au large de Nouméa. Comme tant d’autres assurément qui tentèrent le voyage.
Les voiliers d’abord
La Nouvelle-Calédonie est un archipel situé dans l’hémisphère sud, à l’est de l’Australie. Il fut découvert en 1774 par James Cook au cours d’un voyage d’exploration mais fut réellement francisé au milieu du XIXe siècle sous le règne de Napoléon III par l’amiral Février-Despointes. C’est en 1863 que date la découverte du minerai de nickel en Nouvelle-Calédonie – « un minerai d’une robe verte d’un bel éclat » – par un ingénieur français Jules Garnier. Et c’est onze ans plus tard que commence véritablement l’exploitation avec un premier chargement de 25 tonnes de minerai sur le trois-mâts barque anglais « Southern Bell » à destination de Newcastle en Australie.
Lancement du « Président Félix Faure » au Havre en 1895. (© Patrimoine Normand)
On se rend compte alors que le nickel est un métal qui présente l’avantage de ne pas s’oxyder à l’humidité. Et non seulement cela mais, associé à l’acier par exemple, il renforce le blindage des cuirassés et protège les coques des navires contre la corrosion. Les besoins en nickel vont bientôt s’accroître rapidement avec une demande de plus en plus forte des chantiers navals européens, mais aussi de certaines industries spécialisées, et même pour la frappe des monnaies. Pour transporter ce minerai, les armateurs vont alors faire construire une importante flotte de voiliers en même temps que s’installe à Nouméa en 1877 la première fonderie du minerai de nickel et que s’édifie au Havre la Société Le Nickel (SLN, aujourd’hui Eramet) pour affiner la matte (première fonte à 60 % de métal de la fonderie de Nouméa) et traiter également le minerai brut.
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