Patrimoine Normand

Barfleur : une défiguration programmée

Le dernier grand port d’échouage de Normandie va-t-il céder la place à des marinas ? Cette question absurde est pourtant d’actualité : ce site historique de première importance pourrait bientôt devenir un lamentable complexe touristico-commercial semblable aux dizaines d’autres qui défigurent déjà nos côtes.

Barfleur.

Barfleur. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Mis à jour le 1 mai 2026 à 10:54 Par
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Un lieu chargé d’histoire

Barfleur : le nom seul évoque l’histoire normande. Comme de nombreux toponymes du Cotentin, il provient directement du norrois1. Barfleur, c’est barbe-floth, l’estuaire de Barbo2. Cela sent bon le Viking, l’iro-norvégien pour être précis, puisque la majeure partie des colons scandinaves du Cotentin avait d’abord transité par l’Irlande, avant de venir se fixer dans la future Normandie. Autant dire que, de toute évidence, ce port d’échouage offert par les dieux a toujours été utilisé par les hommes du nord depuis le VIIIe siècle, et avant eux, par leurs prédécesseurs celtes, romains, saxons ou francs : Barfieu, comme l’appellent les normannophones du cru, est effectivement l’une des têtes de pont du peuplement nordique de la presqu’île.

Cette particularité tient à la position privilégiée de cette anse qui ouvre droit vers le nord-est, face à la voie de pénétration des esnèques venues des îles britanniques ou de la Scandinavie.

Ici même, au pied de l’église, fut construit la Mora, navire amiral de Guillaume le Conquérant. Une médaille commémorative, insérée dans le roc, en rappelle le souvenir.

Ici même, au pied de l’église, fut construit la Mora, navire amiral de Guillaume le Conquérant. Une médaille commémorative, insérée dans le roc, en rappelle le souvenir. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)

Barfleur continuera longtemps à tenir ce rôle capital pour les activités commerciales et militaires. Les Vikings, c’est vrai, n’étaient pas les premiers. Au VIe siècle y débarque Romphaire. Premier prêtre de la paroisse, il deviendra évêque de Coutances, mais son église portuaire a été dédiée à un autre saint : Nicolas, dont la statue domine les quais de sa silhouette bienveillante.

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Notes

  1. Le norrois est l’ancienne langue des pays scandinaves, parlée par les Vikings.
  2. D’après Jean Renaud, La Normandie des Vikings, éditions OREP.
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