Patrimoine Normand

L’abbaye Saint-Georges de Boscherville

Elle vogue sur son erre, cette fière caravelle de pierre blanche qu’est l’abbaye Saint-Georges de Boscherville. Venue du fond des âges, elle tient le cap, toujours fidèle, sur l’océan de la foi. Et, de la voir apparaître soudain au détour d’un méandre de la Seine provoque un étonnement rare, comme une vision des siècles passés. Car, telle qu’on peut la découvrir, cette ancienne abbaye reste un témoin remarquable de la vie monastique au XIIsiècle, et son église abbatiale un spécimen unique de l’art roman en Normandie, quasi intact, de cette époque.

Photo de l’abbaye Saint-Georges de Boscherville.

L’abbaye Saint-Georges de Boscherville. (Photo Virginie Michelland © Patrimoine Normand)

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La rencontre avec cet édifice presque millénaire, sur un site chargé de deux mille ans d’histoire, aujourd’hui propriété du Conseil Général de la Seine-Maritime, est d’autant plus impressionnante que la restauration qui en a été faite lui a restitué son ancienne splendeur. Plus de 1,500 km de murs d’enceinte ont été remontés, le cloître dégagé, la salle capitulaire restaurée qui laisse apercevoir son admirable architecture d’origine, le logis mauriste, du moins ce qu’il en reste, entièrement réhabilité dans sa beauté primitive… Dernière touche à cette approche de l’authenticité : la mise en œuvre des jardins monastiques tels qu’ils se présentaient au XVIIe siècle tant sur le plan architectural que végétal, jardins qui ont été inaugurés avec faste au mois de juin dernier en présence de plusieurs personnalités et d’une foule d’admirateurs. Tout ce travail accompli grâce aux efforts conjugués du Service des Monuments Historiques, du Conseil Général de la Seine Maritime et de l’ATAR, l’Association touristique de l’abbaye romane à Saint-Martin de Boscherville. Grâce également au dévouement de bénévoles passionnés et surtout aux nombreux jeunes, dans le cadre de Chantiers d’Insertion, qui ont tous apporté leur pierre à l’édifice dans un merveilleux et enrichissant contact avec le passé, trouvant ainsi pour la plupart la voie de leur avenir.

Les premiers sanctuaires

Il est tout à fait surprenant de constater que ce coteau de Boscherville, adossé à la forêt de Roumare, à quelques lieues seulement de la ville de Rouen, a depuis toujours été consacré à la dévotion, même avant la christianisation de la Gaule antique. Est-ce un effet de son environnement apaisant de verdure ? Du souffle venu de l’Ouest qui fait frémir les eaux du fleuve ? Ou tout simplement à cause de cette lumière exceptionnelle qui nimbe tout le paysage, jusqu’au plus modeste brin d’herbe, et dont l’abbatiale est illuminée ? Pour preuves, ces fouilles effectuées en 1981, en plein milieu de la cour du cloître, qui ont fait ressurgir les traces d’un temple païen en bois, de type gallo-romain, qu’on a pu dater du Ier siècle avant Jésus-Christ. Ce n’est qu’à la fin du Ier siècle après J.C. que ce sanctuaire fut bâti en pierre, avec une cella centrale et une galerie périphérique couverte d’un toit en tuiles en appentis.

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