Abbatiale de la Sainte Trinité à Fécamp
Mille ans de splendeur et de foi
En ce temps-là, juste avant que ne sonnent les heures du premier millénaire, un véritable vent de dévotion soufflait alors sur le pays. C’est ainsi que Richard Ier, dit sans Peur, duc de Normandie, surnommée aussi Richard le Pieux, fit construire en 990, devant le château ducal de Fécamp, le monastère de la Sainte Trinité où, suivant sa volonté, il devait être inhumé à sa mort en 996, sous une gouttière en signe d’humilité. En cette année 2001, la ville de Fécamp fête comme il se doit le millénaire de son abbaye en honorant celui qui en fut le premier abbé et qui donna tout son lustre : Guillaume de Volpiano, et en invitant tous ses habitants à un formidable retour dans le passé.
Extérieur de l’abbatiale de Fécamp, tour du transept sud. (Photo Éric Bruneval © Patrimoine Normand)
En l’an 1000, au centre de la cité de Fécamp chère aux premiers ducs de Normandie, cette abbaye, resplendissait alors de toute sa puissance, avec ses tours, son imposante enceinte et ses murs intérieurs décorés de peinture et imprégnés de foi, comme un vaisseau flamboyant sur les flots de l’éternité. C’était une abbaye rayonnante sur la Normandie et au-delà sur le monde des croyants, d’autant plus qu’elle recélait en son sein – et encore aujourd’hui dans un tabernacle adossé au chœur de l’église – un des mystères le plus fabuleux du Moyen Âge : celui du Précieux Sang qui, par cette relique sacrée, faisait affluer vers Fécamp des pèlerins par milliers. Ce Précieux Sang, qui selon la légende, aurait été recueilli par Nicomède sur le corps du Christ à sa descente de croix, puis enfermé dans deux tubes de plomb et dissimulé dans le tronc d’un figuier.
Confié au gré des flots, le tronc d’arbre traversa les mers pour finalement s’échouer au Ier siècle sur le rivage du futur duché de Normandie, en ce lieu qui devait s’appeler Fécamp, de « Fici campus » qui signifie « le champs du Figuier ». La quête du Saint Graal n’est pas loin, par son extraordinaire mystère et par la similitude de son symbolisme.
La royale abbaye de la Sainte Trinité de Fécamp. (Photo Alexandre Vernon © Patrimoine Normand)
Où l’histoire se confond avec la légende
La première abbaye de Fécamp fut édifiée au VIIe siècle par Waninge, seigneur franc du Pays de Caux. La légende du Précieux Sang rejoint alors l’histoire de l’abbaye de Fécamp. Car il est rapporté que le figuier abandonné sur le rivage, traîné à l’intérieur des terres par un dénommé Bozo, citoyen romain et chrétien, devait s’immobiliser définitivement à un certain endroit, là où beaucoup plus tard un grand cerf blanc apparut à Anségine qui chassait dans la forêt. Cet animal fabuleux devait indiquer au chasseur l’emplacement d’une future église. Waninge qui en eut la révélation se chargea de la construire en l’an 660 pour en faire un monastère de femmes sous la direction de la première abbesse venue d’Aquitaine : Hildemarque. En 841, des Vikings débarquèrent dans la région en de brefs raids de pillage. Le monastère de Fécamp ne fut pas épargné et les religieuses qui l’occupaient s’enfuirent à leur arrivée, non sans s’être auparavant volontairement mutilé le visage afin d’horrifier ces pirates venus du Nord. Les bâtiments de l’abbaye furent alors complètement détruits. Quelque temps plus tard des moines de l’abbaye de Saint-Fromond, fuyant les invasions barbares dans le Cotentin, vinrent se réfugier à Fécamp. Ils commencèrent par déblayer les ruines de l’ancien monastère des moniales avec l’intention d’y rétablir le culte. De cette toute première église, il ne reste absolument aucune trace, si ce n’est un morceau de pierre de forme tronconique, morceau probable d’un oratoire, retrouvée récemment au cours de fouilles dans les ruines du Palais ducal.
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