Les Normands en Afrique noire dès le XIVe siècle
On lit partout que les Portugais auraient été les premiers Européens à atteindre l’embouchure du fleuve Sénégal en 1445. Pourtant, plusieurs textes anciens et archives laissent penser que des navigateurs dieppois et rouennais auraient abordé les côtes d’Afrique occidentale près d’un siècle auparavant…
À gauche : Costumes vers 1380, ceux que les Normands portaient alors ; À droite : Les vêtements en tissu sont utilisés dans ces régions, depuis très longtemps comme le démontre, entre autres, cette lithographie du début du XIXe siècle, extraite de « Esquises Sénégalaises », montrant un « homme sérère » en tenue traditionnelle. (BNF, Ms Fr. 2813, fol. 3V°)
Et pourtant, si l’on ouvre la Nouvelle Histoire de l’Afrique Française, publiée en 1767 par l’abbé Demanet, on peut lire, page 27 : « En vain les Espagnols et les Portugais se disputent la première découverte de cette partie du monde, puisque les Normands, et surtout les Diépois, ont couru les côtes d’Afrique près d’un siècle avant que les Portugais songeassent à sortir de leur pays, et qu’il est prouvé que, vers le milieu du quatorzième siècle, ils avaient des établissements et un commerce formé à Rufisque, qui est à trois lieues de Gorée, et qui s’étendoient jusqu’au-delà de la rivière de Serré-Lionne dès l’an 1364. Les Annales normandes en font foi.
« Les Normands n’avoient sans doute pas été d’un plein saut s’établir à cet endroit, sans avoir reconnu la côte et fait des alliances avec les Naturels du pays ; cela est si vrai, que l’on sait, à n’en pas douter, que les Diépois associèrent à leur commerce sur les côtes d’Afrique en 1365 plusieurs marchands de Rouen. En 1366, on vit des effets de cette société ; elle équipa un nombre de vaisseaux, poussa son commerce le long des côtes, et établit des comptoirs de distance en distance pour mettre ses commis et ses marchandises en sûreté. Après avoir augmenté ses établissements sur le Niger1, à Rufisque et sur la rivière de Gamby, elle en fit sur celle de Serre-Lionne, et à la côte de Malaguette, dont l’un fut appelé le Petit Paris, et le second le Petit Dieppe, à cause des villages considérables qui se formèrent aux environs de ces comptoirs bien fortifiés. Enfin elle bâtit le Fort de la Mine d’or sur la côte de Guinée en 1382, de même que ceux d’Acora, de Cormentin et autres lieux, qui lui produisirent des richesses immenses qui auroient toujours augmenté à mesure qu’elle s’avançoit dans les côtes et dans l’intérieur du pays, sans les guerres civiles qui ruinèrent la Société en 1392. Le contre-coup de ce malheur tomba sur le négoce d’Afrique, qui, depuis ce moment fatal, tomba aussi peu à peu. » (pages 27 et 29).
Carte des côtes du Sénégal d’après une carte fournie par l’Abbé Demanet dans son ouvrage publié en 1767. On aperçoit le Cap Vert (où est actuellement implanté la ville de Dakar) où Jehan Prunaut et ses « preux » compagnons eurent leur premier contact avec des Noirs, des Wolofs, peu après Noël 1364. On notera aussi Rufisque, où le français se serait conservé, vers le sud, les rivières Saloum et Gambie. Sur cette carte, le nord est à gauche.
Plus loin, page 141, il évoque la Gambie, fleuve se jetant dans l’océan Atlantique et qui a donné son nom à l’actuel État de Gambie, enclavé dans le Sénégal et ancienne colonie anglaise : « Les Normands et Dieppois ont formé les premiers des établissements sur la rivière de Gambie, où ils se sont installés dès l’an 1390. Les Portugais, profitant de la décadence de la Compagnie Normande, s’en sont ensuite emparés ; après quoi, les Anglais vinrent les en chasser. »
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