Saint-Lô avant la Seconde Guerre mondiale
La destruction de Saint-Lô en 1944 fut sans conteste l’une des plus importantes pertes pour le patrimoine de Normandie : perte de trésors d’architecture, perte aussi des archives qui brûlèrent. Du Saint-Lô d’autrefois ne restent que quelques traces éparses, mais les archives, reconstituées au prix de longues recherches, permettent de se remettre en mémoire ce que fut cette ville. Nous allons partir ici à la découverte des rues et des ambiances disparues, grâce aux vues anciennes (cartes postales, lithographies, peintures et dessins) réunies aux archives de Saint-Lô.
À gauche : La rue Thiers. Elle aboutissait sur la place Notre-Dame, face à l’église. (Carte postale © Archives Départementales de la Manche, Saint-Lô) À droite : photo récente de l’église Notre-Dame (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Petit historique de Saint-Lô
Peu connue, mal connue, l’histoire de Saint-Lô ne paraît pas se perdre dans le temps. Légendes et « on-dit » rapportent des faits miraculeux, des vies d’hommes vénérables ou des actes terribles. Il semblerait cependant que la ville de Saint-Lô n’ait pas de réalité sûre avant le XIe siècle. Son nom même n’apparaît que tardivement (fin du VIIIe siècle début du IXe siècle), provenant de l’évêque Lô ou Laud qui y installa sa résidence (l’évêché est à Coutances). Le lieu était autrefois appelé Briovère, de Brio (le Pont) et Vère (Vire, rivière coulant au pied de l’éperon). Les Gaulois désignaient vraisemblablement un lieu de passage, autour duquel s’étaient peut-être déjà regroupés quelques habitants. Les très faibles traces qui nous sont parvenues de cette époque ne nous laissent pas entrevoir une implantation plus vaste.
C’est au VIe siècle que l’agglomération, quelle qu’elle fut, acquiert une plus grande envergure. En 523, Laud ou Lô, alors dit-on âgé de 12 ans, devient évêque de « Coutances et de Briovère » (Concile d’Orléans en 549). Briovère, plus tard Saint-Lô, n’a jamais été siège d’évêché. Elle a simplement constitué le centre d’une baronnie possédée par les évêques de Coutances, possession qui remonterait selon la tradition à Lô. Une autre tradition veut que le tombeau de ce saint se trouve à l’abbaye Sainte-Croix et que les habitants, par respect pour cet évêque si saint qu’il fut canonisé, donnèrent son nom à la ville. L’histoire n’a apparemment rien retenu avant l’arrivée de Charlemagne, et là encore, rien n’est sûr. Charlemagne visitant la région aurait compris le danger que représentait la proximité de la mer. Craignant les envahisseurs, il aurait fait construire les premiers remparts sur l’éperon. Cent ans plus tard environ, les premiers envahisseurs venus du nord, de retour de raids en Champagne et Bourgogne, assaillent Saint-Lô. Mettant le siège au pied des remparts, rompant un aqueduc apportant l’eau aux habitants, ils obligent ces derniers à se rendre et les massacrent à leur sortie. Parmi eux se trouve l’évêque de Coutances. Plusieurs auteurs témoignent du siège, dont Réginon, abbé du IXe siècle, ou l’Annaliste de Metz, ou bien encore des annales historiques.
La Vire près du déversoir, au nord-ouest au pied de l’Enclos. Des lavoirs sont installés tout du long de la rivière. (Fond des cartes postales anciennes, Archives Départementales de la Manche, Saint-Lô)
On ne parle plus de Saint-Lô pendant plusieurs siècles, jusqu’au XIe siècle. Ce siècle constitue, peut-être plus en Normandie qu’ailleurs, en raison des destructions normandes antérieures, une période de renouveau urbain. Nombre d’agglomérations, ou de bourgs, sont fondés à cette période, ou bien prennent suffisamment d’importance pour être mentionnés dans les textes (entre 1025 et la fin du siècle) : Bayeux, Rouen, Dieppe, Fécamp, Cherbourg, Valognes, Caen, Falaise, Argentan, Alençon et Saint-Lô (au milieu du XIe siècle). Saint-Lô est une création épiscopale, l’évêque Robert Ier (évêque de Coutances de 1025 à 1048) l’ayant relevé de ses ruines. Les remparts, le château épiscopal sont reconstruits, ainsi qu’une chapelle castrale Sainte-Marie, qui ne fut entièrement détruite qu’en 1754.
Accédez à l’article complet et plus encore
Pour lire cet article publié dans Patrimoine Normand n°31 en intégralité, vous pouvez acheter le numéro en version papier ou numérique.
Abonnement : en vous abonnant, vous recevrez les prochains numéros en version papier directement chez vous.