Mabile de Bellême
Elle a alimenté autant de mythes que de fantasmes. Icône du féminisme avant l’heure pour les uns, harpie empoisonneuse pour les autres, tous s’accordent néanmoins sur la singularité de ce personnage. Mabile de Bellême est la figure même, poussée à l’extrême, d’une femme de pouvoir dans la Normandie médiévale au milieu du XIe siècle. Orderic Vital, auteur le plus prolixe à son sujet, en dresse un terrible portrait. Mais qui était réellement cette dame qui laissa une empreinte si profonde dans l’histoire médiévale normande ?
Mabile – La lionne de Bellême. Cette tête sculptée couronnée, mêlant une expression sévère et un menton volontaire, est positionnée sous le portail de l’ancienne abbaye Saint-Martin de Troarn, situé aujourd’hui à l’entrée du bourg de Sannerville. Son identité laisse peu de place au doute. Toutes les sources manuscrites mentionnent la sévérité, le sérieux et le goût pour les parures de la bienfaitrice de cette abbaye. La couronne ? Un rappel de ses nombreux titres, dont celui de comtesse de Shrewsbury. Sa probable représentation dans un espace si important, l’entrée même de l’abbaye, est due à sa générosité envers cet établissement monastique. Cette sculpture constitue probablement un hommage des moines de Troarn à l’un des personnages féminins les plus truculents de la Normandie médiévale. (© Louis Guillotte)
Mabile est l’héritière de la célèbre famille de Bellême. Sa naissance se situe quelque part entre 1030 et 1040. Elle est, avec son frère Arnoul, le fruit de l’union de Guillaume II Talvas de Bellême et d’Ulburge. Elle a pour oncle Yves III de Bellême, évêque de Sées et pour grand-oncle Avesgaud de Bellême, évêque du Mans. Les Bellême sont présentés comme cruels, une réputation qui trouve son origine dans le conflit opposant Guillaume II Talvas aux Giroie, orgueilleuse famille de seigneurs de Saint-Céneri-le-Gérei, d’Échauffour et de Montreuil-l’Argillé.
Des sources à prendre avec beaucoup de précautions
Les principales informations concernant Mabile de Bellême nous viennent de l’épitaphe de son tombeau, aujourd’hui disparu, et d’Orderic Vital1, premier véritable historien normand, qui la présente sous des traits peu flatteurs. Mais son jugement est-il impartial ? Rappelons en préambule qu’il n’est que très relativement le contemporain de Mabile, puisqu’il naît vers 1075 et qu’il habite encore en Angleterre à la mort de cette dame. Ses écrits se basent donc sur des témoignages. Orderic est de plus un moine de Saint-Évroult, abbaye notoirement connue pour son hostilité à la famille de Bellême et sa proximité avec les Giroie. Il n’est donc pas totalement objectif.
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