PATRIMOINE NORMAND

L’exploit de Michel Cabieu

Un homme seul sauva Ouistreham de l’invasion anglaise

Au XVIIIe siècle, la guerre de Sept Ans fait rage entre la France et l’Angleterre. Les côtes normandes sont surveillées et attaquées par la Royal Navy, détruisant villes et villages, terrorisant les populations. Mais il suffit parfois d’un simple héros jailli de l’anonymat pour faire basculer le cours de l’Histoire.

Michel Cabieu repoussant l’attaque anglaise à Ouistreham. (Collection France Pitorresque) ; Canons placés sur le mur sud de l'église Saint-Samson de Ouistreham. (© Serge Van Den Broucke)

Michel Cabieu repoussant l’attaque anglaise à Ouistreham. (Collection France Pitorresque) ; Canons placés sur le mur sud de l’église Saint-Samson de Ouistreham. (© Serge Van Den Broucke)

Mis à jour le 10 décembre 2025 à 20:09 Par
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Dans la première semaine du mois de juillet 1759, les habitants du Havre furent saisis de terreur devant le bombardement de leur port par une flottille navale britannique : le vaisseau Achille et ses 60 canons, soutenu par quatre autres navires armés de 50 canons chacun, sans compter cinq frégates agiles, se glissèrent dans la passe près de Honfleur et se mirent à pilonner la flotte française que le duc de Choiseul avait assemblée en prévision d’une invasion de l’Angleterre. La ville elle-même prit feu dans de nombreux quartiers, et la population s’enfuit, hagarde, sous la mitraille. Plus de 3 000 boulets et bombes incendiaires furent tirés sans arrêt pendant presque deux jours et deux nuits. La victoire de la Royal Navy était complète, le port pouvait rester à présent bloqué, et cette opération militaire souleva l’enthousiasme de l’autre côté de la Manche. L’année 1759 fut la fameuse Annus Mirabilis (année des merveilles), tant les conquêtes succédèrent aux conquêtes, avec plus de 350 navires engagés partout dans l’action, et 70 000 marins. Sur le pont de l’Achille, un homme fier et impassible, qui n’avait guère plus de quarante ans, observait à la longue-vue Le Havre en flammes : c’était l’amiral George Brydges Rodney. Le baron Rodney, baptisé en l’église St Giles-in-the-Fields, à Londres, en février 1718, prit la mer à quatorze ans et gravit les échelons jusqu’à devenir une figure majeure de la lutte contre les Français au cours des terribles événements de la guerre de Sept Ans. Ce conflit aux ramifications complexes, qui commença en 1756, bouleversa toute l’Europe et s’acheva en 1763 par le traité de Paris, dont les négociations avaient été menées par le duc de Bedford. Cet accord scella une bonne fois pour toutes l’écrasante suprématie des Anglais sur les océans, fit de l’Empire britannique la première puissance coloniale au monde, et dépouilla la France de territoires immenses. Le conflit fut considéré par Winston Churchill comme « la véritable Première Guerre mondiale ». Les côtes normandes, juste en face de l’ennemi, étaient en permanence surveillées, et partout toujours menacées. Ce fut ainsi que trois ans après l’attaque du Havre, la marine anglaise reçut l’ordre de l’amirauté de faire une nouvelle action d’éclat, cette fois à Ouistreham : une quinzaine de bateaux marchands s’apprêtant à transporter du bois de construction et des pièces d’artillerie vers la Bretagne devaient être interceptés, et les ouvrages défensifs de la baie de l’Orne détruits. Lord Rodney arriva au début du mois de juillet 1762 avec quatre navires, et croyait l’opération aisée. C’était sans compter avec le courage d’un obscur garde-côte français qui allait changer le cours de l’Histoire : Michel Cabieu.

Un village modeste jeté dans la tourmente

Au XVIIIe siècle, Ouistreham n’était qu’un village bien modeste, aux maisons de pêcheurs et de paysans blotties contre la grande église médiévale, Saint-Samson, construite au XIIe siècle et placée sous la coupe des abbesses de la Sainte-Trinité de Caen dont la sixième, Jeanne de Coulonces, en choisit la dédicace en 1180. De génération en génération, les habitants avaient appris à se méfier de leurs voisins anglais : dès le XIVe siècle, l’église fut fortifiée sur ordre de Jean II le Bon, et des canons furent placés sur une terrasse construite au-dessus du chœur.

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