1087 – Mort de Guillaume le Conquérant
Les chroniqueurs se sont toujours ingéniés à trouver des justifications a posteriori aux phénomènes naturels ou aux catastrophes. Ainsi en 1064, le passage pourtant inévitable de la comète de Halley fut-il interprété comme un présage funeste pour Harold de Wessex. 1087 n’échappe pas à cette tendance. Après la rédaction du Domesday Book, dont ce seul surnom populaire exprime clairement des implications néfastes, cette année-là accumule en Angleterre accidents et calamités en tous genres : épidémies, famines, incendies… dont on connaît cependant des précédents peu suspects de jugement divin. Aussi ne sera-t-on pas étonné qu’elle soit aussi celle de la mort du roi.
Tête dite de Guillaume le Conquérant (XIVe siècle) de l’église abbatiale Notre-Dame de Jumièges. (Collection lapidaire de l’abbaye de Jumièges – Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
1087, la campagne de trop
Elle avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices : Guillaume est rentré dans sa Normandie natale, laissant derrière lui un royaume pacifié, recensé, globalement prospère1.
Or, le Bâtard accuse le poids des ans… et le sien propre : une nourriture déséquilibrée, l’abus de venaison, un ralentissement d’activité physique dû au vieillissement ont accru un embonpoint qui se dessinait déjà vingt ans plus tôt lors de la conquête. Cet excès pondéral le handicape tant qu’il se trouve contraint de garder le lit en son palais de Rouen, incapable de se mouvoir pendant quelques semaines. Peut-être souffre-t-il d’une crise de goutte. Cette inactivité forcée lui permet de revenir sur lui-même, sur ses origines, sur son destin…
Ici est mort Guillaume de Normandie le 9 septembre 1087. Non pas en ces murs, mais sur cet emplacement. Plaque visible à l’église Saint-Gervais de Rouen. (Photo Rodolphe Corbin © Patrimoine Normand)
Le temps des ambassades
Parle-moi franchement, Eudes, demande-t-il à son vieux compagnon d’armes, son sénéchal depuis quinze ans, que crois-tu que mon père pense de moi en ce moment ?
Seigneur, répond le fils d’Hultre de Ryes, le duc Robert est fier de sa progéniture, à un point tel que nul ne peut l’imaginer.
Fier de moi, dis-tu ?… Ah ! oui, c’est vrai, je suis devenu l’un des princes les plus puissants de tout l’occident chrétien. Le pape me soutient, l’empereur me respecte. On connaît mon nom jusqu’en Terre Sainte, cette terre où repose encore le Magnifique… Par la splendeur de Dieu, Eudes, m’as-tu bien entendu ? Le roi d’Angleterre n’a même pas été capable de rapatrier les restes de son père ! Un fils indigne, voilà ce que je suis.
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Notes
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- À l’exception notable du Yorkshire, qui paiera encore longtemps les conséquences de sa révolte et de la « pacification » qui s’ensuivit.
