PATRIMOINE NORMAND

Rouen disparu

Superbe entre toutes, autrefois, seconde ville du royaume de France, Rouen, la grande cité normande, présente encore un patrimoine exceptionnel mais qui a été amputé sévèrement par les bombardements de 1940 à 1944. Mais, dès le XIXsiècle, les travaux d’aménagement urbain ont ravagé une partie de ce patrimoine.

Aquarelle anonyme représentant la rue Ganterie depuis le nord.

Cette aquarelle anonyme est prise depuis le nord avec la rue Ganterie, plus large, au premier plan. À cause de l’arrêt des travaux depuis le XVIIe siècle, la nef, basse, ne se raccorde pas au chœur. Sous Louis XV, les finances ne suivant plus, on se contenta de plaquer un portail classique, jamais achevé, sur la façade d’attente en pans de bois. Ce portail donne sur la rue Sénécaux. On voit ici les logements construits sur la rue Ganterie après destruction du bas-côté nord ainsi que le portail saccagé pour permettre l’entrée des voitures dans la nef transformée en remise. La tour, en façade, avait disparu depuis longtemps. (© Coll. Georges Bernage – Patrimoine Normand)

Mis à jour le 17 avril 2026 à 17:54 Par
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Dans la seconde moitié du XIXe siècle, à l’exemple des grands travaux hausmaniens, les édiles rouennais firent percer de nouveaux axes rectilignes au milieu des ruelles sinueuses de l’antique cité. C’est ainsi que la rue Jeanne d’Arc fut percée pour constituer un nouvel axe nord-sud. Sur son trajet se trouvait, entre autres, l’église Saint-Martin-sur-Renelle ; elle fut sacrifiée. Elle avait pourtant été l’un des plus anciens lieux de culte de Rouen. A l’époque mérovingienne, selon Grégoire de Tours, c’était un petit oratoire rural, hors l’en­ceinte de la cité. Cet oratoire, construit en bois, était alors dédié à Sainte Catherine des Prés et avait servi d’asile à Mérovée et à Brunehaut, mariés par l’évêque Prétextat, contre le gré du roi Chilpéric. Puis l’église avait été enclavée dans l’enceinte urbaine et reconstruite pour faire face à un afflux de fidèles, grâce à leur générosité. Son chœur donnait sur la Rue de la Renelle aux Maroquiniers, signalée dès le XIIIe siècle. En vieux normand, reneau signifie ruisseau. Ce ruisseau était un exutoire du trop-plein de la fontaine du Bailliage alimentée par la source Gaalor. Ce vocable de Renelle avait été adjoint à cette église dorénavant dédiée à Saint-Martin. Le ruisseau central coulant au milieu de cette rue de la Renelle était lié à l’industrie du cuir qui était très florissante à Rouen jusqu’au XVIIe siècle.

La richesse alors générée par cette activité invita les paroissiens à reconstruire leur église à partir de la fin du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe siècle, dans un style de transition, encore gothique mais manqué par des influences de la Renaissance, style assez semblable à ce que nous voyons à l’église Saint-Pierre de Caen. Le chœur alors reconstruit « s’apparentait aux chœurs de Saint-Vincent et de Saint-Nicaise, il en présentait l’élégance, il témoignait de la science et du goût des maçons rouennais du début du XVIe siècle » (d’après P. Chirol, in Rouen disparu). Des jalons chro­nologiques nous sont fournis par deux pièces de procédure, en 1505 et en 1542, visant des sommes d’argent relatives à la reconstruction de l’édifice.

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