Rouen disparu : l’église Saint-André
Comme le rappelle la couverture d’un excellent livre récemment paru1, Rouen était « la ville aux cent clochers », mais beaucoup ont disparu depuis la Révolution.
L’église Saint-André de Rouen, depuis l’est. Nous voyons le chœur, commencé en 1486. Les parties ruinées du chevet l’ont été lorsqu’a été installé le retable du maître-autel, œuvre de l’architecte Defrance, avec les trois tableaux de Deshays. Nous voyons ensuite la nef, plus élevée, qui a été rebâtie en 1521, avec quatre travées. Le percement de la rue Jeanne d’Arc a détruit toute cette partie de l’édifice. Il en reste les trois tableaux de Deshays et le vitrail de l’Arbre de Jessé, conservés dans les musées rouennais. Ce dessin de Duboc nous montre aussi l’élégante tour-clocher, seule partie du monument conservée. (© Extrait de Rouen disparu)
Comme nous l’avions vu dans notre précédent numéro, les destructions ont été particulièrement importantes au XIXe siècle, principalement à cause des travaux d’urbanisme. Voici de nouveau une église détruite par le percement de la rue Jeanne-d’Arc.
Cette paroisse est citée dès le XIe siècle et Saint-André est église paroissiale en 1124, évoquée ensuite dans le Pouillé d’Eudes Rigaud au XIIIe siècle. Mais l’édifice a été plusieurs fois reconstruit. Dans sa phase ultime, il l’a été en 1486 pour être dédié en 1526. C’est alors une église encore gothique. Lors des débuts de cette nouvelle campagne de travaux, en 1486, les travaux commencent par le chœur. Ses grandes baies étaient garnies d’intéressants vitraux, dont un Arbre de Jessé datant de 1490, qui a connu diverses tribulations. Après la destruction de l’édifice, il avait été remonté dans l’église, Saint-Vincent. Déposé en 1939, il avait été sauvé des destructions de la guerre, puis exposé à Paris (en 1953), à Amsterdam (en 1973-1974) et à Rouen (1995-1996). Il est actuellement conservé au musée des Beaux Arts de Rouen. La paroisse était petite, elle ne comptait que 50 feux en 1536 (et 104 en 1701) et l’effort financier des paroissiens était considérable. Il leur manquait 140 livres pour terminer ce chœur et ils s’imposèrent une taxe foncière de la longueur de leur façade, de « trois sous par pied d’héritage ». Que de sacrifices pour réaliser un tel chef d’œuvre, fruit des efforts communs volontairement consentis. Et cette réalisation sera mise bas sans égards quelques siècles plus tard.
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Notes
- F. Lemoine et J. Tanguy, Rouen aux 100 clochers, Éditions PTC. Ce titre rappelle une phrase de Victor Hugo publiée dans Les Feuilles d’automne : « Rouen aux cent clochers carillonnant dans l’air. »
