Rouen :

De Ratumagus à la « ville aux cent clochers »

Fondée par les Romains peu après la conquête de la Gaule, Rouen a traversé les siècles en prenant une importance croissante. Simple chef-lieu de cité au Haut-Empire, métropole de la Lyonnaise Seconde au Bas-Empire, siège d’un évêché au moins depuis le IVe siècle et d’un archevêché au VIIIe siècle, elle est le principal centre urbain de la Normandie ducale. Au cours du Moyen Âge, elle devient la ville la plus peuplée du royaume de France après Paris et le demeure pendant une bonne partie de l’Ancien Régime. Retour sur sa longue et riche histoire.

Depuis la colline Sainte-Catherine, Rouen se dévoile en contrebas, offrant un vaste panorama sur la ville et la Seine.

Depuis la colline Sainte-Catherine, Rouen se dévoile en contrebas, offrant un vaste panorama sur la ville et la Seine. (© Aliaume Souchier – Adobe Stock)

Lorsque s’achève la guerre des Gaules, plusieurs peuples se partagent le territoire de l’actuelle Normandie. Il y a notamment les Véliocasses, que César range parmi les Belges, dont le nom se retrouve dans le Vexin. Leur territoire s’étend essentiellement en rive droite de la Seine, depuis les environs de la commune de Duclair jusqu’à Pontoise, dans le Val-d’Oise. On leur connaît au moins deux oppida, à la fois villes fortes et places commerciales, situés à Vernon et à Orival. D’une superficie de 53,7 hectares, ce dernier est de loin le plus vaste et semble avoir joué un rôle de « capitale ».

De toute Antiquité

Les Romains importent en Gaule un mode de vie radicalement différent de celui des Celtes. Les anciens oppida, toujours implantés sur des positions inexpugnables, sont progressivement délaissés au profit d’agglomérations situées dans les vallées. Probablement fondé pendant le règne de l’empereur Auguste (27 av. J.-C.-14 apr. J.-C.), le chef-lieu des Véliocasses est mentionné au IIe siècle de notre ère par le géographe Claude Ptolémée († 168) sous la forme grecque Ρωτόμαγος (« Rōtómagos »), puis à la charnière des IIe et IIIe siècles dans l’Itinéraire Antonin, sous celle latine de Ratumagus. Il apparaît ensuite sur la Table de Peutinger (Ratumagus, IIIe– IVe siècles), dans la Notitia Galliarum (Metropolis Civitas Rotomagensium, fin du IVe siècle) et la Notitia Dignitatum (Rothomagus, fin IVe – début Ve siècle). Selon le linguiste René Lepelley, ce nom proviendrait « du gaulois magos, lieu de foire, agglomération, précédé du gaulois roto ou rato, qui évoquait sans doute un passage sur une rivière », en l’occurrence une allusion à une possible traversée de la Seine par bateau.

La ville se développe autour de son port, sur l’axe commercial majeur reliant l’île de Bretagne au Bassin méditerranéen décrit par le géographe Strabon († v. 25 apr. J.-C.). Au cours du XXe siècle, les archéologues ont mis au jour des vestiges d’infrastructures diverses, quais, entrepôts… Une esplanade monumentale avec nymphée (fontaine) a été repérée place de la Pucelle, de même que des thermes publics et un centre commercial à l’est du palais de justice. Dans ce secteur se trouve peut-être aussi le forum. Un vaste amphithéâtre existe sur les hauteurs, là où s’élève de nos jours le Donjon. À la fin du IIIe siècle, sur fond de péril barbare et de crise de l’Empire, Rouen se dote d’une enceinte urbaine. Pour les soubassements de cette muraille, on paraît piller massivement les stèles et autres monuments funéraires des trois nécropoles connues.

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